Frégate

Publié le par Lionel Droitecour

Théodore Géricault, (1791-1824), Le radeau de la Méduse, détail

Théodore Géricault, (1791-1824), Le radeau de la Méduse, détail

Un peu diminué, j’ai traversé l’obstacle
Et si j’en crois l’augure, au festin de l’oracle,
Le cancer est vaincu, au moins pour cette fois,
Et la flèche du mal rangée en ses carquois.

Je contemple, pensif, ce reste d’avenir,
Hypothétique champ, toujours à survenir ;
Si demain semble moins grevé devant mes yeux,
Attentive, je sais la Parque au front soucieux.

Quel étrange radeau que cette vie confuse,
Pareil à la frégate nommée « La Méduse »
Fringant trois-mâts, bientôt échouée sans retour,
Dont le peintre traça le sinistre contour.

Je me sens relégué au bassin de radoub,
Mon été semble hiver, et j’espère un redoux,
Une brise en ma voile, affalée pour l’instant
Promesse d’un départ au tropique distant.

Je craque désormais en chacune membrure,
Mon étrave lassée de sa vague cambrure ;
Je songe au soir nuiteux, en l’orée, me levant,
Mené par le courant au désir du Levant.

Et, comme un vagabond que chaque sente égare,
Je suis le jour prochain où mon âme dépare,
Epuisant sous mes pas l’amère nostalgie,
Dans l’ombre où la vieillesse, implacable est surgie.

août 2014

Publié dans Fongus

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A
Ah... magnifique, cher ami, que dire de plus...
Je me pose souvent la question pourquoi nous sommes si faibles, si limités, pourquoi nos organismes et le monde dans lequel nous vivons sont si complexes et fragiles...
Si une intelligence est derrière tout ça - et pour moi c'est forcément le cas, quelque soit le nom qu'on lui donne - pourquoi tout est-il si compliqué, ici-bas ?
Je n'ai pas de réponse claire pour l'instant, que des suppositions...
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L
Trés beau ...
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