Humble quête

Publié le par Lionel Droitecour

Camille Corot, (1796-1875), souvenir de Mortefontaine

Camille Corot, (1796-1875), souvenir de Mortefontaine

Je ne veux désormais que la lente rythmique
Des adagios songeurs, emplis de ma métrique,
La mesure ternaire et la douce harmonie,
Le fugato puissant en son hégémonie.

Dans l’immobile élan où je penche ma tête,
Il me suffit dès lors, en mon humble conquête,
Dans le recueillement, de tenter de comprendre
Où cette geste enfin conduira notre cendre.

Je vois ma déchéance en un proche avenir,
La camarde patiente, à bientôt survenir,
Ne gâche rien, vraiment, de l’instant précieux.

Mon œil se perd, toujours, à contempler les cieux,
Soit le sage ou le fou, qu’importe à la matière,
Il est une ombre, en nous, qui cherche la lumière.

avril 2012

Concerto pour deux violons, cordes, etbasse continue (BWV 1043) de Johann Sebastian Bach, (1685-1750), interprété sur instruments anciens par l'ensemble "Voices of Music".

Carla Moore et Cynthia Miller Freivogel, solistes ; Katherine Kyme et Lisa Grodin, violons ; David Daniel Bowes, alto ; Tanya Tomkins, violoncelle ; Farley Pearce, contrebasse, Katherine Heater, orgue; David Tayler, archilute.

Publié dans Musique

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I
"Mon œil se perd, toujours, à contempler les cieux, Soit le sage ou le fou, qu’importe à la matière,
Il est une ombre, en nous, qui cherche la lumière."
Ou une lumière en nous masquée par une ombre, mais ta tournure est bien plus poétique et va magnifiquement avec ce concerto de Bach... les deux sont très inspirants, merci !
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I
J'adore "Les donneurs de leçons de morales qui tripotent des gamins dans leurs sacristies, les barbus de tous poils qui vous appellent au sacrifice au nom d’un dieu dont ils sont les seuls propriétaire et bonimenteurs rétribués" :-D
Comme quoi un poème peut mener très loin dans la réflexion et ouvrir bien des portes, c'est ce qui en fait la richesse.
Ta réponse aussi est tellement riche et dense qu'il faudrait quasiment un débat par point abordé, c'est du puissant, surtout pour un modeste volatile ferrugineux - même s'il écoute en boucle le BWV 1043 !
Passons rapidement sur les religions, qui n'en ont plus que le nom, étant devenues des organisations purement politiques qui ne concernent plus que la terre et son reflet invisible "l'au-delà"... A l'origine religion vient de "religare" , "relier", elle devrait être le lien entre l'homme et les mondes spirituels mais n'est plus qu'un moyen de gérer le "troupeau" et l'amener là où il faut...
La science : elle aussi dominée par des courants, des dogmes, il suffit de voir comme on étouffe chaque découverte qui ne va pas dans le sens voulu, celui de couper l'homme de son origine spirituelle, justement... Heureusement que les choses commencent à bouger, avec la physique quantique entre autres, où de plus en plus on s'aperçoit qu'en fait le réel et le physique... n'existent pas, mais que tout n'est qu'ondes et vibrations... la Matrice !
Tu aurais dit ça aux scientifiques il y a quelques décennies encore ils t'auraient fait interner, et Dieu sait que nous ne sommes qu'au début de nos découvertes... si on nous laisse le temps avant le prochain grand "black out", mais ça c'est une autre histoire...
Évolution des espèces : pour moi ça prouve juste qu'il y a derrière toute cette évolution une intelligence qui a généré des myriades de courants, d'archétypes, qui chacun essaye de faire de son mieux pour s'adapter à la nature dense et particulière de notre univers... Et l'homme dans tout cela, d'essence immortelle mais incarné dans un monde où tout est transitoire, ne sait plus trop la place qui est la sienne, d'où cette souffrance de la disparition dont tu parles si bien. Car oui, notre ego cessera certainement d'exister, mais notre essence même me parait d'une toute autre nature.
Pouvons nous en avoir la certitude, sans tomber dans la croyance ou la crédulité ? Les grands sages nous ont toujours affirmé que oui : en partant de ce qui est, le connu, nous pouvons transcender notre Être et atteindre l'Absolu, qui jamais ne commença et jamais ne finira, la pure Conscience qui englobe tout mais pourtant ne s'identifie à rien.
Quant à dire que hors du corps nous n'existons plus, les expériences de conscience extra-corporelle (voyage astral, "NDE" etc.) nous prouvent clairement que ce n'est pas le cas, et j'ai connu personnellement des gens qui ont expérimenté - parfois involontairement - ces choses.
Alors réalités spirituelles ou chimères ? Pour moi le fait que nous puissions en débattre répond déjà en grande partie à la question : le monde qui nous entoure n'est pas ce que nous croyons, de même en sera-t-il pour nous jusqu'à notre éveil : "Éveillez le Dormeur" , les grandes traditions spirituelles nous y ont toujours exhorté !
L
Chouette, un débat !
C’est effectivement réjouissant que nous ne soyons pas d’accord en tout...
Pour qui est de la science, elle se confronte au réel et au physique, sujet de son expérimentation et de son analyse ; le reste n’est pas l’objet de son étude. C’est le champ du philosophe ou de la métaphysique.
Pour ce qui est du religieux, et pour de nombreuses raisons, j’ai décidé de lui tourner le dos définitivement. Les donneurs de leçons de morales qui tripotent des gamins dans leurs sacristies, les barbus de tous poils qui vous appellent au sacrifice au nom d’un dieu dont ils sont les seuls propriétaire et bonimenteurs rétribués, tout cela me fait vomir.
Au reste, une posture intellectuelle construite sur la crédulité ne me parait guère satisfaisante.
Certes, certains aspects de la théorie Darwinienne sont aujourd’hui remis en cause par ses successeurs, au regard des avancées de la de la biologie ( Darwin s’est éteint en 1882 !).
Mais pas l’évolution des espèces qui ressort aujourd’hui de l’évidence et ne saurait être mise en doute que par obscurantisme.
Quand à la spiritualité, je veux bien, mais n’oublions pas que c’est avant tout chose humaine, création de notre sensibilité à la mort et à son insupportable scandale.
Comment MOI, EGO supérieur, je cesserai d’exister ?
Ben oui, probablement, la belle affaire !
J’admire en Bach, Mozart, Shakespeare, Hugo et tant d’autres, la puissance créatrice qui les anime.
Ils nous offrent une songerie sans bord, intemporelle et sans limite. Mais il vaut mieux ne pas trop se faire d’illusion sur notre devenir hors de ce que nous sommes.
Hors de ce corps nous n’existons plus, puisqu’il et l’horizon de nos sens, moteurs de notre pensée. Quant au reste, et quoi qu’il reste de ces restes, cela ne nous concernera plus.
I
"On ne saurait plus, désormais, remettre en cause la théorie de Darwin" ... Ah, cher Lionel, je vois avec satisfaction que nous ne sommes pas toujours d'accord sur tout, ce serait lassant ! :-) Moi je pense qu'au contraire cette théorie, qui a certes beaucoup de qualités et tout n'y est pas à jeter, loin de là - cette théorie a de grandes lacunes, car elle n'englobe pas les mondes subtils, invisibles, inconnus, se contentant d'observer l'évolution de notre matière dense qui est - à mon humble avis - de loin la partie la plus insignifiante de la Création. Pour moi l'homme a indiscutablement une dimension de plus que ses cousins primates, ce qui n'empêche pas que nous ayons peut-être des ancêtres communs de par nos corps physiques, même si ça reste à voir. Pour moi "notre Royaume n'est pas de ce monde" et c'est le fait de l'avoir oublié qui a jeté l'humanité dans la confusion et la violence effroyables dans lesquelles elle se débat. De grands messagers essayent de nous ramener vers ce Royaume, ceux que je cite par exemple, mais bien d'autres encore, dans tous les domaines.
PS : c'est bien volontairement que je t'ai mis avec eux, tu t'en doutes bien, après tout chacun à son niveau peut inspirer et élever, qui sait si JS Bach lui-même ne se trouverait pas bien modeste comparé à des entités sublimes dont nous n'avons même pas idée ..?
L
On ne saurait plus, désormais, remettre en cause la théorie de Darwin, sauf à se ranger du côté d’un fondamentalisme étroit et de ses dérives sectaires.
Darwin, d’ailleurs, qui ne nous dit pas que l’homme descend du singe (ça c’était plutôt ses détracteurs, qui cherchait ainsi à la ridiculiser), mais que l’homme ET le singe on des ancêtres commun. Les scientifiques qui cherchent aujourd’hui à comprendre l’apparition de la vie sur terre, pensent qu’il y a une continuité de l’inerte au vivant plutôt qu’une rupture.
Pour ma part, je pense que l’univers est un (je rajoute rai même, pour en sourire point c’est tout !), et que nus appartenons à un vaste continuum de matière et de culture. Une lettre dans le vaste dictionnaire du vivant.
C’est déjà pas si mal.
Quant à ceux que tu cite, (moi excepté) il sont comme l’écume de ce que notre humanité peu produire au meilleur d’elle même. L’embrun sur le brisant, disais-je naguère, des embruns appelés à durer plus que le brisant tant qu’il reste un cœur pour en recueillir l’héritage.
I
Merveilleux, en effet... Je ne sais pourquoi, mais une réflexion me vient, un peu comme un cheveu sur la soupe, à l'écoute et la lecture de ces œuvres que tu nous fait découvrir :
On continue allègrement de nous bassiner avec "l'homme qui descend du singe, juste qu'à un moment il est descendu de l'arbre et s'est relevé pour mieux voir dans les hautes herbes et bla et bla..." Et tout ça a donné quelques temps plus tard JS Bach, Mozart, Baudelaire, Lionel Droitecour et tous les autres... Cette idée me semble de plus en plus ridicule, ne crois-tu pas qu'on nous prend un peu pour des neuneus ?
L
Bach est pour moi l'alpha et l'oméga de la conscience humaine.
Ce mouvement du concerto pour deux violons, qui porte à son catalogue d'œuvres complètes le BWV 1043, est à mes yeux le plus beau chant d’amour jamais élevé par un cœur humain.