Vagues murmures
Quand je m’endormirai, serein devant la nue
Et tout persuadé de ma gloire posthume,
Je n’aurai nul remord et la muse, farouche,
S’en viendra adouber ma dépouille terrestre.
Au reste, qu’en saurai-je ? Éteint dedans mon être,
Tas de viande adipeuse en son ultime couche,
Je ne serai plus rien, ou, de ce peu d’écume,
Une âme s’il convient, en sa forme ténue.
Où donc sera ce « moi » que le corps emprisonne ?
De quelque émanation que je sois devenu
Il ne restera rien que d’obscure entité,
Où je serai absent, de toute éternité.
Croire est le seuil ardent de notre vanité,
Infime particule, absurde quotité,
Energie voyageant dans l’éther froid et nu,
En l’au-delà, peut-être, une onde qui frissonne.
Resteront-ils, ces mots que je trace à tout-va,
Vain scribe sans lecteur, poète sans recueil,
Auteur à minima de son maigre opuscule,
Vagabond dans l’espace aux travées du langage ?
Allons, je m’en console et ne veut nul bagage
Il est temps de humer, fragrance au crépuscule,
Cette vague éblouie qui épouse l’écueil :
Je ne suis rien de plus en l’obscur canevas.
L’émotion n’est donnée, dans la brume du temps,
Que pour offrir au ciel, reflet à contre-jour,
Notre espérance insane effilochée aux cieux,
Pareille à la rumeur du vent dans les ramures.
Ainsi en sera-t-il de nos vagues murmures,
En l’absence évasée de cet être précieux
Évadé sans rebours de l’intime séjour
Manne éperdue de sens et muette aux soirs instants.
juin 2015
