Fête des mères
Il a le regard sombre et profond comme un lac,
Petit garçon farouche à l'œil noir, bel et brun.
Il hésite et se penche à l'étal du fleuriste,
Y cueille un frais bouton, le respire, le pose ;
Trie, recompte ses sous, mais, timidement n'ose
Affronter la revêche et froide étalagiste
Morne, faisant le guet, maussade et l’air chagrin.
Enfin il se décide et lui dit tout à trac :
« Maman, euh... non, madame... » il rougit, incertain,
Balbutie : « S’il vous plaît, je voudrais cette rose,
La plus belle, là-bas, mais cela fait combien ? »
L’indifférente n'a pas le moindre regard
Pour ce tendre débat. D’un geste de soudard
Elle empoigne la fleur, la ficelle d’un lien.
Mais bonhomme, tout fier, en son bonheur explose,
Telle, en l’aube radieuse, étoile du matin.
décembre 1992
