Sombre Judas

Publié le par Lionel Droitecour

... Ainsi, sombre Judas, tu m’appelais ton ange ...

... Ainsi, sombre Judas, tu m’appelais ton ange ...

Ah, cette convulsion, où monte ma nausée,
Quand il me ressouvient l’immonde main, posée
Sur mon corps pétrifié de garçon outragé,
Intimement pillé, violé, saccagé.

Toute harmonie, dès lors, et à jamais brisée,
Victime d’une indigne et perverse brisée ;
En mon âme naïve l’implacable étreinte
D’un monstre hideusement lové en mon enceinte.

Ainsi donc ce légat du monde spirituel,
Homme bon, doux causeur que j'aidais au rituel,
Quand il glissait ses doigts au secret de ma peau,
Secret gluant, poisseux, noir comme le corbeau,

Usant du verbe « aimer » me couvrait de sa fange.
Ainsi, sombre Judas, tu m’appelais ton ange,
Ta bouche et ton désir sur mon corps convulsé,
En ma gorge nouée mon esprit révulsé,

La parole vaincue, mourante sur mes lèvres.
Cela fait quarante ans de ces affreuses fièvres,
D’un mensonger oubli, antre blasphématoire
Quand tout, à fleur de peau, convoque la mémoire.

Tant d'années sont passées au chevet de ma honte,
Se peut-il désormais que l'âme se raconte,
Pourquoi donc exiger qu'on me rende justice
Quand tout en moi, meurtrit, s’enfuit de cette lice ?

Il me faut cependant abolir le silence,
Pour qu’au-delà du mal, la rive de l'enfance
Trouve exemple hors de soi, de la force des voix,
Qui, par delà l'horreur, reconstruisent des voies.

Plus jamais d'un petit dépouillé d'innocence,
Plus jamais ce dédale en un cœur en carence,
Plus jamais sur ses pas, sadique sans scrupule,
D'un prédateur inquiet, morne et sombre crapule !

juin 2016

 

Publié dans Résilience

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