En ces débours

Publié le par Lionel Droitecour

Gustave Caillebotte (1848-1894) Le Père Magloire allongé dans un bois, détail

Gustave Caillebotte (1848-1894) Le Père Magloire allongé dans un bois, détail

J’ai perdu le sujet et j’ai perdu la rime,
C’était, très surement la parole sublime,
Celle que j’ai cherché, celle qui me poursuit,
Et qu’en chaque marée un océan ressuie.

Me voici sur l’estran, vert, décontenancé,
La muse batailleuse, ici, vient me tancer,
Mégère qui s’agrippe en vain à mon calame,
Et s’en vient tout à trac me déclarer sa flamme.

Mais il n’est nul navire à l’encre de ses vers,
Et j’aurais beau errer par tous les univers,
Balayer de ma voix la traine des comètes,
Ma lyre s’épuisant à l’aune des planètes :

Rien. Nul poème en moi pour battre la campagne,
Un désert rigoureux où fut, jadis, cocagne,
Et dans l’onde du soir, où ma trompe sonnait,
Le silence pour prix d’un ultime sonnet.

Ainsi donc est vaincue mon intime palabre,
Ainsi ne suis-je plus qu’un sot qui se délabre,
Amère incertitude encombrée de visées,
En l’opprobre ingénu de ses propres risées.

Il ne me reste plus qu’à geindre un lamento,
Impavide lieur au sombre mémento
Parolier sans talent d’une chanson de geste
Et que la solitude, en ces débours, infeste.

janvier 2014

Publié dans Art poétique

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E
Petit passage pour te souhaiter une bonne journée merci pour ce partage bonne journée
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