Objets d'un désir

Publié le par Lionel Droitecour

Vestige pétrifié d'un habitant de Pompéi, suite de l'éruption du Vésuve en l'année 79

Vestige pétrifié d'un habitant de Pompéi, suite de l'éruption du Vésuve en l'année 79

Le passé s’amenuise, ainsi va le présent
Quand l'avenir est mort au jour omniprésent ;
Mon cœur y bat sa coulpe aux moires de mon âme,
Je suis cet ego las, que ne tient nulle trame.

L'âge et la maladie révèlent leur secret,
Et le corps amoindri en connaît le décret,
Cette loi mortifère où songe la camarde
En l'horloge à l'œil rond qui, sans fin, nous regarde.

La nuit reste le lieu de l'ombre délétère,
Du mensonge de soi que chaque deuil altère,
On se rêve, on se pense, on pousse aux lendemains
Cette fiction d'aimer, cendre au creux de nos mains.

N'a-t-on jamais été autre chose qu'un leurre,
Un phantasme bruyant dans le mitan de l'heure,
Une protestation sourde au verbe des pierres,
Marbre d’une statue figée dessous les lierres ?

Au soleil de midi, telle l'ombre fugace
Mouvante en l'illusion que nous donne l'espace,
Comme au cœur de la nuit, dilué sans retour,
Nous ne sommes, glacés, qu'un masque sans contour.

Et, lentement peuplé de cette angoisse sourde,
Où vivre, peu à peu, devient une onde lourde,
Nous fuyons chaque jour, vain objet d'un désir
Qui n'est plus que la tombe où nous irons gésir.

juin 2015

Publié dans Fongus

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