Profanation

Publié le par Lionel Droitecour

... Je voyais dans ses yeux brûler d’étranges flammes ...

... Je voyais dans ses yeux brûler d’étranges flammes ...

Je croyais au bon dieu comme y croient les enfants,
Dans les volutes bleues, je respirais l’encens,
Vêtu de l’aube blanche aux marches de l’autel,
Je portais le calice et chantais avec zèle.

J’aimais cet homme doux que j’appelais mon père,
Il parlait bonnement du ciel et de l’enfer,
Du Seigneur, de la croix et du petit Jésus
Puis du don de l’amour qui importe le plus.

Après le catéchisme, un soir, au presbytère,
Je voyais dans ses yeux brûler l’étrange flamme,
Il avait l’air ému, mais j’étais sans mystère.

Il a fermé la porte. Il m’a pris le menton,
Glissé ses mains sur moi, défait mon pantalon
Et, sa bouche à mon ventre, il a mangé mon âme.

avril 2010

Jeune homme, je regrettais de n'avoir pas eu la "chance" d'apprendre l'art du chant au sein de tels ensembles. Pour m'en consoler, je m'offrais, avec mon argent de poche, les brillants enregistrements des prestigieuses maîtrises européennes.

Les scandales à répétition qui viennent souiller certaines d'entre elles me laissent désormais un goût de cendre dans la bouche. Il était donc bien lourd, le prix à payer pour tant de perfection, de beauté, de musique...

Je ne sais plus que penser, désormais, et le poème ci-dessus est le fruit de ces amères interrogations.

Mais il ne s'agit pas seulement, hélas, de faits déjà anciens, désormais prescrits aux yeux de la justice, à l'exemple de ces incroyables agissements dénoncés en ce début d'année 2018. Ils se sont déroulés dans le cadre très officiel d'un conservatoire de Région, ils ont été commis par un individu considéré comme irréprochable et cependant récidiviste...

Publié dans Résilience

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A
Incroyable poème, cher ami, tant de choses dites en quelques mots simples, où on passe en 3 lignes de la candeur et l'innocence vers la plus abjecte noirceur...

Ces possédés ont-ils seulement idée du nombre de vies qu'ils détruisent par leur pulsions maladives et immatures ?

En voyant avec horreur ce genre de comportements pervers on ne peut que comprendre la haine farouche et le mépris que tant d'humains éprouvent vis à vis de nos institutions dites "religieuses", repaire de névrosés, de frustrés sexuels de la pire espèce qui projettent sur d'autres leurs sexualité déviante, les souillant pour le reste de leur existence...

Mais il n'y a pas qu'eux, l'actualité montre que les prédateurs sont légions, tous les cas révélés ne sont que la partie émergée de l'iceberg, pour un monstre démasqué combien se vautrent encore en toute impunité dans leurs vices, souvent protégés par des institutions complices et dégénérées ?

Triste monde...
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L
Triste monde, en effet.
La photo qui illustre ce poème particulier est très délibérément choisie.
Il s'agit d'enfants du chœur de Ratisbonne, dirigé, pendant des lustres par le frère de Benoit XVI.
Je possède dans ma discothèque vinyle un magnifique enregistrement datant des années 70, des Vêpres de la Vierge, de Monteverdi, dans lequel les solistes de cet ensemble font merveille. Il était cher à mon cœur de mélomane.
Désormais, j'ai du mal à l'écouter. Un scandale de pédophilie a touché en 2017 cet établissement millénaire. Les avocats de la défense ont estimé à plus 500 (certains médias disent 700 !) le nombre de garçons abusés pendant la magistrature de Ratzinger frère.
500 Claude. On ne peut pas parler de cas isolés.
Et ce qui m'a touché le plus, ce sont les larmes et la détresse de gens aujourd'hui sexagénaires qui réclament justice, la voix brisée par un chagrin qu'ils n'ont jamais pu dépasser.
Les curés ne pleurent pas face à ces révélations, ils se cachent et ont été protégé, honteusement par les autorités dont ils dépendaient. Il y a de quoi vomir. Maintenant, bien sûr toute l’église n’est pas coupable pour autant, mais son silence est un scandale.
Partout où il a des petits, professeurs, éducateurs, toutes les professions en contact avec les enfants sont au risque d’être entachées par des pervers. Raison de plus, pour les institutions concernées, d’être vigilantes et de ne tolérer aucun écart de conduite.
Si seulement de tels poèmes pouvaient éveiller les consciences, et permettre, dans une bien faible mesure, à des petites victimes de comprendre ce qui leur arrive et de trouver des mots pour appeler à l’aide…
http://www.zeit.de/gesellschaft/2017-07/regensburger-domspatzen-abschlussbericht-misshandlung