Où l’on se lie

Publié le par Lionel Droitecour

Théodore Rousseau (1812–1867), Un marais dans les Landes, détail

Théodore Rousseau (1812–1867), Un marais dans les Landes, détail

1.
Lentement, quoique à petit bruit,
La vie, la vie nous éparpille,
Nous sasse, nous trame, nous pille,
Et par le manque nous construit.

Ainsi sommes-nous dans la perte,
Chaque jours prend, chaque jour lèse,
Chaque seconde nous alèse,
Quand nous avançons vers l’inerte.

L’œil se contente où se délabre,
En l’effacement du désir
Des nudités sages du marbre.

Et puisqu’il nous faudra gésir
Aux lisières sombres du soir,
Nous ne savons plus que surseoir.

2.
Attendre dans le jour ténu,
Dans la migraine du présent,
En ce désert que l’on pressent,
Aux solitudes parvenu ;

Quand tout n’est plus qu’une illusion
Fragrances fanées sous les nues,
Aux chairs lassées, froides et nues,
Quand le temps réclame caution ;

Attendre ce qui se termine,
Sans effusion ni contredit,
Dans la vieillesse qui nous mine ;

Lorsque nul ne fait plus crédit
Pas même la mort qui nous plie
Dans le suaire où l’on se lie.

juillet 2013

Publié dans La camarde

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