L’homme sans tain

Publié le par Lionel Droitecour

David BAILLY (1584–1657), Autoportrait ou Vanité, Nature Morte avec portrait d’un jeune peintre

David BAILLY (1584–1657), Autoportrait ou Vanité, Nature Morte avec portrait d’un jeune peintre

Est-il possible, enfin, qu’on se refuse à vivre
Avant même de naître ? Et, si cela se peut,
Qu’est ce que la conscience et préexiste-t-elle
À l’être en devenir avant que de paraitre ?

De ce naufrage, dis, qu’avais-tu pu connaitre,
Toi qui à su quitter la périssoire telle ?
Oh, certes, tu fus sage et je t’envie un peu
Moi qui n’ai perduré qu’en habitant ce livre…

Sans fin je soliloque, à perdre la raison,
Avec ton âme nue disparue sous le ciel,
Moi qui ne crois plus rien si ce n’est que la rime,
Et l’absurde rituel où j’anime ta flamme.

Je porte ton néant ainsi qu’une oriflamme
Tu m’es cet oripeau dont ma pensée se grime
Et je feins de te voir en cet art matériel
Où ta mémoire m’est une intime cloison.

Oh, comme j’aurai su t’aimer, petite sœur,
Comme tu m’a manqué dans le désert du sens,
Comme tout était nu autour de moi, toujours
Comme je t’ai cherché sans même le savoir !

Hélas, le temps en nous, cet absurde miroir,
Trame sur nos vieux ans d’étranges contrejours,
Je suis l’homme sans tain condamné par ton cens
À l’ample solitude, humble et tendre consœur.

Et je vais serinant mes stances inversées,
Dans ce retournement à tracer ton image,
Obstiné, véhément, à jamais dédoublé
Dans l’appel inconstant de mon aube sans fruit.

Cette distance, en moi, construit et me détruit,
Posture en l’incidence où je me sens comblé
Par cette incise douce et ce secret hommage
Où nous sommes ainsi, moires controversées.

novembre 2012

Publié dans Autobiographie

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A
Magnifique poème, mon ami, quelle déclaration d'amour à cette petite sœur trop vite disparue !

Une fois de plus ce texte nous mets devant nos propres interrogations, nous ramène à l'essentiel, dès les premières lignes la question est clairement posée :

""Est-il possible, enfin, qu’on se refuse à vivre
Avant même de naître ? Et, si cela se peut,
Qu’est ce que la conscience et préexiste-t-elle
À l’être en devenir avant que de paraitre ?""

Je n'aurais pas la prétention d'y répondre, chacun doit l'éclairer de sa propre lumière, simplement je crois que tout dépend comment nous nous considérons...

Si je crois que je suis un être individualisé, un petit "je" qui tente de meubler de son mieux l'espace-temps entre sa naissance et son trépas alors je peux clairement décider de ne plus vivre, d'ailleurs même si je ne le décide pas je suis d'ores et déjà programmé à disparaitre, que je le veuille ou non, autant valider de suite l'inéluctable...

Si au contraire je crois être la Vie ayant pris une forme passagère afin d'expérimenter le monde soi-disant matériel (mais l'est-il vraiment ?) alors il apparait que ce que je nomme "je" ou ce que je crois être "l'autre" ne sont que des vagues passagères prenant forme dans l'océan de Vie, et que leur disparition n'a rien à voir avec une "mort" mais fait simplement partie de la danse des formes, des couleurs, des expériences, kaléidoscope mouvant et coloré que nous voudrions parfois voir figé mais c'est impossible...

Alors pour revenir à ce petit être qui marqua tellement ta propre expérience deux visions sont possibles : voir en pur observateur l'expression de la Vie, accepter la joie, la beauté, l'Amour mais aussi l'éphémère et la disparition, bref simplement regarder et admirer le kaléidoscope dont nous sommes cocréateurs...

Ou alors figer l'image du kaléidoscope à un instant précis, dans une configuration précise et décider que désormais cette configuration fera à tout jamais partie de nous ou parfois même l'inverse : que nous ferons partie d'elle !

Cette deuxième vision est la source de grandes œuvres artistiques, poétiques, comme en ce magnifique blog, en cela elle peut être noble et inspirante, parfois d'une grande beauté mais parfois aussi source de malheur et d’oppression.

En réalité ces deux visions peuvent et doivent être (ré)conciliées, le flux de la Vie ne peut être ralenti et encore moins figé, on peut juste parfois en capturer la grâce et la beauté sublime d'un instant...
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L
lu plusieurs fois, c'est trop beau !!
j'espère que tu vas bien ??
bonne journée- amitiés-
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