Multiple absence

Publié le par Lionel Droitecour

... roches inconnues où j’inscrivais mes traces, dans des strates moirées, nautile solitaire ...

... roches inconnues où j’inscrivais mes traces, dans des strates moirées, nautile solitaire ...

Si c’est un mal curable, il peut être mortel.
Est-il, en ma besace un reste d’avenir ?
Calme, je m’interroge et je pense à mon terme,
Je ne crains seulement que donner du chagrin.

Autour de moi l’espoir, encor, sème son grain,
Et tant que je le peux je reste froid et ferme,
L’humour est le prospect où je me sais tenir,
À toiser la camarde en mon verbeux cartel.

Je regarde ma vie sans regret ni remord,
J’ignore en vérité ce que j’ai réussi,
Dénué d’ambition je n’ai voulu qu’aimer
Et voir croitre l’enfance entre mes bras tremblant.

J’ai haï le paraître et tout son faux semblant
Ai-je su d’un poème, en la ruche essaimer,
Et colorer mon verbe et mes stances aussi,
Des rimes malaisées dont mon chant ne démord ?

J’ai cherché l’embellie de mon âme grégaire,
Décoré ma pensé dans les livres loquaces,
Et je me suis grisé dans les sonorités,
Conduit par une fugue aux libres territoires.

Puis j’ai tranché les mots aux fils de mes grimoires,
Infiltrés de mon sang, en leurs porosités,
Les roches inconnues où j’inscrivais mes traces,
Dans des strates moirées, nautile solitaire.

Il ne m’en restera que l’inachèvement,
Demain face au tombeau, devant l’aube dernière,
Je ne verrai fleurir, en l’arpent dérisoire,
Que la corolle infuse où mon doute prospère.

Il n’est rien, désormais, que mon regard n’espère,
En tous ces alluvions qui diront mon histoire,
Dans la multiple absence, en l’intime matière,
Je ne serai, demain qu’une ombre au firmament.

octobre 2015

Publié dans Fongus

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A
Plus que des mots voilà un texte courageux et lucide qui exprime de fort belle manière ton ressenti face à la maladie et au destin.

A cette prise de conscience la majorité d'entre nous devra faire face un jour, peu réussirons sans doute à l'exprimer en des rimes si harmonieuses, c'est bien l'apanage du poète d'y parvenir avec tant de brio !

Ce joli texte m'a bizarrement rappelé un extrait du Hagakure, le Livre des Samouraï, pourtant rien ne les rapproche...

"Il est bon de considèrer le monde comme un rêve. Quand on fait un cauchemar et qu’on se réveille, on se dit que ce n’était qu’un rêve.
On dit que le monde dans lequel nous vivons n’est pas très diffèrent d’un rêve"
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