Si rien n’est liesse

Publié le par Lionel Droitecour

Domenico Ghirlandaio (1449 1494), Vieil homme et enfant, détail

Domenico Ghirlandaio (1449 1494), Vieil homme et enfant, détail

Je suis atone, ce matin,
Sans doute je n’écrirai pas,
Ma veille ralentit mon pas
Et mon cœur bat, las, incertain.

Je retrouve la vieille ornière
Où l’âme git, comme embourbée,
Et je vais, l’échine courbée,
Au sort commun de la matière.

Qu’est donc, enfin, cette pensée,
Comme l’aura de notre chair,
Qui déborde de notre œil clair,
Ou de notre bouche insensée ?

Si le sens est bribe des sens,
Qu’en sera-t-il de notre idée
Quand du néant, triste affidée,
La mort exigera le cens ?

Mémoire écrue, verbe tracé,
L’équation donnée, puis reprise,
Cadencera dans l’aube grise
La sente d’un corps effacé.

Si tout est vain, si rien n’est liesse,
Pourquoi tenter cette aventure,
Goûter sur le taillis la mure,
Pour perdre enfin notre jeunesse ?

janvier 2014

Publié dans La camarde

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F
on ne connaît pas l'heure de notre mort et heureusement c'est pour cela qu'il faut profiter
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