Nombre d’or

Publié le par Lionel Droitecour

Lewis Wickes Hine (1874-1940), Men at work, 1931

Lewis Wickes Hine (1874-1940), Men at work, 1931

1.
Nous sommes, de nous même, improbable édifice,
Bâti à hue, à dia, comme sur pilotis,
Hors sol est notre esprit quand chair est notre chaire,
Et le désir ciment qui fige tout élan.

Lézardes en nos murs que le jour va fêlant,
Nous travaillons sans cesse à colmater, jachère,
Cette crevasse en nous où les maux sont blottis
Comme nos expédients et tout notre artifice.

Voyez ce gueux grimé d’une fière prestance,
Qui vaque à son affaire et s’invente un destin
Quand il ne fait que suivre où le flux toujours mène.

On peut se faire accroire que l’on se promène,
Et prétendre, brouet, que vivre est un festin,
Le réel un beau jour, éclaire notre instance.

2.
On construit sur le roc, mais le roc devient sable,
On s’éveille au matin puis le soir nous surprend
Et l’œuvre de nos mains y sombre et disparait,
Dissipant notre vie dans un éther lointain.

Ce ne sont que fumées dans des miroirs sans tain,
Pavanes ressassées, gargotes, cabaret,
Mensonges, faux-semblant, nulle dupe n’y prend
Si ce n’est que soi-même en cet atour minable.

L’architecte a perdu la clé du nombre d’or,
Le maître d’œuvre est las et sa tâche lui pèse
Chantier à ciel ouvert et toujours en charroi.

Au bord du vide il n’est qu’un obscur désarroi,
On tremble à contempler, au pied de la falaise,
Face à l’infini bleu, le ressac de la mort.

juin 2011

Publié dans La camarde

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A
"Voyez ce gueux grimé d’une fière prestance,
Qui vaque à son affaire et s’invente un destin
Quand il ne fait que suivre où le flux toujours mène.

On peut se faire accroire que l’on se promène,
Et prétendre, brouet, que vivre est un festin,
Le réel un beau jour, éclaire notre instance."

Voilà qui est fort bien exprimé, mon ami... Comment dit-on, déjà ? Ah oui : je plussoie ! :-)
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F
nous ne sommes pas grand chose dans ce vaste monde
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