Ephémère printemps

Publié le par Lionel Droitecour

Jean Siméon Chardin (1699-1779), La Fillette au volant

Jean Siméon Chardin (1699-1779), La Fillette au volant

Je regardais jouer un petit enfançon.
Il avait la hardiesse active de son âge,
La maladresse, aussi, était de son sillage
Et il cabotinait en prenant sa leçon.

Son père lui montrait à tenir la raquette
Mais le volant, parfois, entre ses mains, fusait,
Avant de retomber. Comme il s’en amusait,
Qui filait, ventre à terre, ramasser sa conquête !

Et devant ce tableau simple des jours heureux,
Mon cœur ému battait la rive nostalgique,
Aux marées de mon âme, en sa rumeur mystique
Et je m’interrogeais, amer, dessous les cieux.

Se peut-il que, jadis, content de peu de chose,
Je m’animais ainsi, au regard de mon père ?
Hélas, il a passé ! S’il n’est au cimetière
Sa mémoire, à mon front, chaque jour se dépose.

Mes enfants ont grandi, j’approche du vieillard
Que je serai demain, assis au bord d’un gouffre,
Et la camarde nue, dans mes bonheurs, s’engouffre,
Qui me gâte la joie, me piquant de son dard.

Petit enfant sais-tu que la vie est bien courte ?
Mais non, ce dol lointain, la jeunesse l’ignore !
Ah, courir sur la crête en espérant l’aurore,
Dans le défi du soir que la tendresse écourte !

Un jour la balle, au bond, ne te reviendra plus…
Enfant, n’y songe pas, cultive l’illusion !
En strates, sur ton cœur, demain, cet alluvion
Peuplera ta mémoire, emplie jusqu’au surplus.

Là, dans cet héritage où sont les jours enfuis,
Quand l’horizon déçu sera notre avenir,
Nous n’aurons, pour seul bien, que le ressouvenir,
Marcheurs désabusés aux sentes où le temps fuit.

Notre volant, dès lors, sera notre chimère ;
Sages, nous vaquerons à un remords volage,
Nocturnes instruments dans la prison de l’âge,
Maugréant le regret d’un printemps éphémère.

juillet 2010

Publié dans Nostalgie

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A
Beau poème, qui me fait penser à la célèbre phrase de Marcel Pagnol, tirée du livre "Le Château de ma Mère" :

"Telle est la vie des hommes. Quelques joies, très vite effacées par d'inoubliables chagrins. Il n'est pas nécessaire de le dire aux enfants."

C'est bien sûr quelque part vrai, même si de nombreux Sages et Instructeurs nous ont clairement montré qu'il était non seulement tout à fait possible de se libérer de cette fatalité, mais que c'est même la seule façon de vivre réellement, car ce que nous appelons "notre vie" n'est au fond qu'un sommeil agité, empli de rêves confus et contradictoires.
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F
la vie est courte c'est pour cela qu'il faut profiter des bons moments
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