Inaccessible hiatus

Publié le par Lionel Droitecour

Lucian Freud (1922-2011), portrait de Francis Bacon, 1952, détail

Lucian Freud (1922-2011), portrait de Francis Bacon, 1952, détail

Jeune homme il est déjà du côté de l’absence,
Qui fuit, de long en large au quai, sous les grisailles,
Il arpente le vide, attendre est son destin,
Patienter, remettre et puis ronger son frein.

Il est, sur son visage un désespoir empreint,
Tant de résignation devant le clair matin ;
Il semble tout entier recouvert de limailles,
À n’user point sa chaîne il est de connivence.

Il se tait, le front bas, la joue lasse, et son cœur
Bat pour une habitude et jamais ne s’exalte,
Il est ce condamné aux tristesse du jour
Qui vaque en nos orées comme un simple décor.

Mais son corps qui se plaint, lui, s’empanache encor
D’un verbe, pénurie qui ne franchit, séjour,
Aucun seuil à sa lèvre, il marche en pleine halte,
Traçant un cercle abscons peuplé de sa rancœur.

Tout son être est serré, bouclé, cadenassé,
Il est la pauvre somme, en ces disharmonies,
De tant de nœuds qui ferment ce songe gordien
Dont il ne perçoit rien dessous le ciel éteint.

Souffrance exacerbée qui même pas ne geint
Il s’avance, têtu, au morne quotidien,
Ignorant de lui-même en ses diaphonies,
Hiatus inaccessible au réel compassé.

mars 2015

Publié dans Portrait

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