Spéculations provisoires

Publié le par Lionel Droitecour

... Eh, camarade dieu, je te laisse une chance, en mon cœur dédaigneux de ta protubérance ...

... Eh, camarade dieu, je te laisse une chance, en mon cœur dédaigneux de ta protubérance ...

S’il est un dieu, là-haut, il a besoin de l’homme,
Sans lui, pour le chanter, que serait-il, en somme ?
Notre œil nous suffit bien pour admirer le beau,
Le rite n’y fait rien, non plus que le tombeau.

L’empereur était dieu pour les peuples romains,
Ces temples orgueilleux sont œuvres de nos mains,
Et le Christus latin n’est plus qu’un vide immense
Une cymbale creuse emplie d’un lourd silence.

Il y faut notre voix, dessous la voûte austère
Pour qu’il cesse un instant de fuir ou de se taire,
La prière est le lieu d’un mutisme hagard
Et sa miséricorde à le goût du hasard.

Et ces hommes en robe où son verbe vient bruire,
Ne sont qu’une apparence, où seul, l’or vient reluire,
L’ombre n’y est propice, en ce vaste mystère,
Qu’aux fumées de l’encens sur l’idole de pierre.

Dans l’épouvante qui saisit la vérité,
Qu’on me parle, s’il faut, de spiritualité,
De ce doute, peut-être, où le cœur vient buter
Et de ce vivre, enfin qui signifie lutter.

Car croire est une insulte à l’espérance humaine,
La foi du charbonnier n’est qu’un dais qu’on promène,
Les hymnes, le boucan des musiques d’ennui
Qui bercent vainement le stupide en sa nuit.

Eh, camarade dieu, je te laisse une chance,
En mon cœur dédaigneux de ta protubérance,
Mais faut te hâter : si la mort vient me prendre,
Je te dirai « adieu ! », et va te faire pendre !

décembre 2011

Publié dans Spiritualité

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L
Il est assez amusant, cher Claude, de voir combien vingt-huit fois douze syllabes ont pu générer de mots de commentaire.
C'est assez réjouissant, à vrai dire.
A bientôt, mon ami, et de vive voix, en effet nous pourrons poursuivre ce duel amical...
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A
Quand je disais que tes poèmes sont pour moi source inépuisable d'inspiration... et d'expression ! ;-)
A
Ah, quelle jolie et plaisante argumentation, mon ami, je te remercie d'avoir pris le temps de répondre à mes propres spéculations très provisoires !

Au fond nous avons beaucoup d'opinions communes, notamment celle de l'inutilité et l'absurdité de vouloir être éternels sous notre forme actuelle.
Ce n'est certainement pas nous qui ferons congeler nos carcasses dans l'espoir que la médecine du futur puisse nous ramener au charbon dans des sacs de chair rafistolés ou clonés !

Ce que tu affirmes avec brio est donc tout à fait vrai vu du coté de notre être dialectique, même si au fond être un spectateur étonné, souvent amusé et parfois désespéré de ce monde de folie peut se révéler instructif.

Chacun de tes arguments mériterait d'être commenté et débattu, ce que nous ferons certainement à l'occasion de vive-voix, sans attendre d'éventuelles retrouvailles dans "quelque impalpable néant" , retrouvailles qui sont en effet plutôt spéculatives ! :-D

Pour moi tout semble limpide : même si notre être terrestre crie "stop", notre Conscience immortelle (si, si !) dit "encore", car cette vie n'est qu'une étape dans notre évolution, une forme de rêve certes assez long et complexe mais rêve quand même.

L'être du rêve est celui que nous connaissons, toi, moi... Lorsque nous sommes plongés dans un sommeil profond cet être est "désactivé" mais notre essence reste éveillée, consciente, vivante, mais l'être du rêve, toi et moi, ne participons pas à cette vie, car nous sommes en effet purement de ce monde (au-delà inclus) et n'en sortirons pas, sur ça nous sommes en phase.

Alors comme tu dis si bien : à quoi bon s'en soucier, puisque de toutes façons ce sera fini pour nous ?
Ou alors se peut-il que Pinocchio puisse effectivement un jour se transformer en petit garçon ?

Pour ma part je ne me soucie pas du résultat final, je sens qu'au delà de nos personnalités éphémères se situe quelque chose de bien plus vaste, bien plus extraordinaire, la conscience d'être.

Et cette Conscience fait partie d'un grand tout, englobe tout, nous avons juste l'extraordinaire chance de pouvoir participer à cette aventure initiatique, dormeurs pour l'instant, mais demain déjà totalement éveillés si seulement nous le désirons !

Et nous le désirons! Ce n'est que notre être dialectique qui envisage la destruction : notre essence véritable, elle, a encore tellement de choses à voir, à découvrir, à admirer et ... à créer !

Ainsi en va-t-il pour toi, il faut juste tourner le bouton et changer de longueur d'ondes !
Nul besoin d'être dans l'au-delà, même impalpable, on peut le faire ici et maintenant... la vraie Musique est là pour nous le rappeler !

Quant au Christ... C'est à sa caricature qu'on peut dire d'aller se faire pendre ailleurs, le pantin désarticulé qu'on voit sur nos crucifix... Le vrai principe Christique n'a jamais été crucifié : il est, tout simplement, et ce n'est pas sur une croix qu'on le trouvera, mais dans nos cœurs : aimant, radieux et à jamais immaculé.
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L
Goguenard, mais magnanime, sans nul doute...
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A
Goguenard ? Non.
Magnanime ? Non.
Amical et ravi de te revoir si lumineux et éthéré : OUI ! :-)
L
Et j'ajoute que je serai ravi de te rencontrer au détour de l'au-delà, dans quelque impalpable néant. Je ferai amende honorable devant ta haute stature lorsque tu me diras, goguenard :
Et alors, ne te l'avais-pas dit ???
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L
Ceci dit, mon cher Ferum, en cette période de résultats du bachot, je te donne 20 sur 20 pour cette dissertation finement argumentée...

C'est un réel privilège que d'avoir à croiser le fer, cher oiseau, avec un aigle de ta trempe... !
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L
« intelligences non-humaines » ?...
Franchement, mon cher Avis je ne vois pas trop ce que cela pourrait-être.
Comment pourrions nous le savoir, d’ailleurs, puisqu’humains nous sommes et fatalement anthropocentrés.
Quand à la musique, et toutes les autres expressions du génie humain, y compris la mythologie et les religions elles ne sont que la projection de nos rêves et de nos désirs dans un au-delà qui nous dépasse, et nous dépassera toujours, puisque nous en serons absents.
Quoique puisse être un hypothétique devenir après notre disparition, il ne peut aucunement nous concerner puisque « disparus », justement.
Pourquoi ne pas accepter pour telle notre finitude ? N’est-il pas de la beauté dans un geste interrompu ? L’éphémère n’est pas une fatalité, mais une distinction, il nous anoblit par le vivant. Eternels nous le sommes apparemment dans l’intimité particulaire de notre construction physique. Mais qu’est que ça peut bien nous faire ? Il s’émeut du second mouvement du concerto pour 2 violons de Bach, le boson de Higgs ? Possible, mais ça m’étonnerai bien, tiens !
Ce que nous sommes, peut-être, c’est une construction passagère de matériau, à une échelle donnée, capable, à cause de notre position provisoire dans l’espace, d’accéder au sensible. Sensible qui nous délimite complètement et qui nous insère à un moment donné, dans un temps donné, pour quelque fractions d’un espace délimité par les montres et les calendriers que nous nous sommes inventés pour nous offrir le sentiment de la durée.
Cela t’étonnera sans doute, mon ami, mais je commence à trouver que j’ai, déjà, bien assez duré, justement. L’âge ne peut nous apporter, graduellement que le déplaisir de vivre, pour des contreparties de plus en plus illusoires et de plus en plus cher payées.
L’idée que cela s’arrêtera un jour est, finalement assez réconfortante. La fin de notre existence, à tout prendre, sera aussi la fin de nos misères, de nos doutes, de nos faiblesses ,de ce fatras putride de fantasmes plus ou moins dégueulasses qui nous encombrent l’inconscient.
C’est cela, la « Bonne Nouvelle » et sûrement pas la résurrection ni la vie éternelle ! Au secours ! Les dieux nous en préservent !
Il n’est d’autres pièges, en vérité je te le dis, que ceux que nous nous tendons à nous-mêmes. Toute forme d’initiation consiste à insérer un individu dans une société qui le contraint, par le recours à des valeurs à deux balles autour desquelles d’aucuns abrutis se s’assemblent pour mieux exclure ceux qui ne récitent pas leur catéchisme.
Quant-à ce qui est de se connaitre soi-même, pour la plupart des humains, c’est mission impossible. Et si jamais tu y arrive, à mon avis, tu seras tellement dégouté par l’infâme salaud que tu vas rencontrer dans ton miroir que tu auras envie de t’enfuir en courant.
Mon credo, il est simple : tout homme est tous les hommes, tout homme est l’humanité, partant, responsable de toutes les saloperies qui pourrissent à ciel ouvert dans tous les charniers de la planète.
Il ne nous reste plus qu’à essayer de fleurir, modestement, comme une humble corolle de pétale, éphémère sur notre tas de fumier.
Un peu pessimiste, sans doute, le poète du dimanche, mais que veux-tu, mon ami, lucide on ne peut se supporter, il nous reste à fermer les yeux, les oreilles et la bouche comme les trois petits personnages que l’on trouve souvent représentés.
La seule sagesse, hélas, semble-t-il, pour la plupart des homos sapiens (sapiens, assez peu, en fait), c’est l’ignorance partagée et l’inféodation au modèle dominant. Foi du charbonnier massacreur pour la plus grande gloire d’une idole assassine, libéralisme pillard qui épuise sans scrupule les ressources naturelles pour engranger son profit, les systèmes de valeurs ne manquent pas. Avec un point commun qui les rassemble tous et font qu’ils se ressemblent : permettre à un petit nombre de privilégiés (capitaines d’industrie, gourous, clergés, mentors et menteurs de tous poils) de régner sur le plus grand nombre d’individus possible :
"Un pays bien organisé est celui où le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le gouverne" disait, parait-il, Voltaire. Philosophe des lumières ou fourrier de l’obscurantisme ? Je te laisse répondre. Pour moi ça sera « ni dieu, ni maître ! »
À ce compte là, on donne rarement la parole au « voyant » et, s’il s’en saisit il est inaudible, tout simplement (cf. Arthur Rimbaud).
Et puis enfin tu avoueras, cher Avis, dire au Christus d’aller se faire pendre ailleurs, c’est un beau pied de nez, non ?
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A
Quand un poète de gauche rencontre Dieu ça risque forcément de faire des étincelles et ton beau poème ne déroge pas à la règle ! :-)

Certes je comprends tout à fait tes « réserves », pour le dire diplomatiquement, mais au fond elles sont faciles à expliquer.
La question qu’il faut se poser est en effet : quand nous parlons de Dieu, de quoi parlons-nous ?
De l’intelligence qui a généré notre Univers, des lois qui le régissent ?
Du dieu de l’Ancien Testament, des juifs, des musulmans, qui est fort probablement le même ?
Du dieu qu’invoquent les présidents américains lorsqu’ils annoncent la main sur le cœur « In GOD (Guns, Oil & Drugs ?) we trust » ?
Des dieux des peuplades animistes ou de la trentaine de millions de dieux du Panthéon hindouiste ?

Ce terme « Dieu » a été tellement galvaudé, abusé, souillé qu’au fond il ne veut plus rien dire.

Devant cette galerie de caricatures « divines », créées par ignorance, superstition ou afin de servir une minorité dans le but avoué ou non de mener le monde et le troupeau humain à sa guise, il est tout à fait raisonnable de réagir comme tu le fais, par un rejet catégorique.

Ceci dit je ne doute pas que des intelligences non-humaines essayent d’influencer l’évolution de l’homme, en bien ou en mal, quitte à se faire passer – ou simplement être pris – pour des dieux, c’est là ou nos avis divergent sans doute, pour moi le monde matériel n’est qu’une infime partie de l’univers, de vibration bien basse, entouré par des myriades de mondes et d’entités évoluant dans des vibration différentes mais exerçant sur nous une influence certaine.

Tu connais d’ailleurs très bien une forme de vibration qui essaye de s’extirper de la matérialité : la musique ! Le fait que le Sacré lui ait donné ses plus belles lettres de noblesse est-il un hasard ?

Pour les gnostiques l’esprit humain est « piégé » dans notre monde dialectique (la Matrice pour utiliser un terme à la mode) et doit s’en libérer, les vraies religions étaient à l’origine des « modes d’emploi » pour y arriver.
L’Évangile Christique par exemple est une procédure de libération qui revient cycliquement dans l’histoire de l’humanité. Il est copié sur d’anciens textes, parfois même presque « copié-collé » comme le montre clairement le tableau suivant :
http://www.venerabilisopus.org/fr/texte/gnose-similitudes-entre-christifies-de-differents-cultes-jesus-bouddha-krishna-etc
ou encore :
http://www.truthbeknown.com/francais.htm
Le fait d’avoir fait du Christ un personnage de chair à adorer était une hérésie quasiment ridicule pour les anciens grecs, comme l’explique le livre « Les Mystères de Jésus » :
http://manicheism.free.fr/maniblog/mysteresdejesus1.pdf

Mais au fil du temps tous ces enseignements initiatiques sont devenus des dogmes, des rites, des contes, des moyens de contrôler et d’asservir la masse, alors qu’à l’origine il s’agissait bien de libérer l’âme humaine, non de l’asservir !

Krishnamurti racontait une jolie petite histoire : Dieu et le Diable regardent les hommes (il faut bien qu’ils s’occupent !) quand soudain ils en voient un ramasser une bribe de Vérité.
Le Diable ne semblant pas s’en inquiéter outre-mesure Dieu s’étonne de sa sérénité…
« Oh, aucun problème, répond le Diable, je vais l’aider à organiser une religion ! »

Mais la quête de Dieu ne passe pas forcément par une religion – même si une carte aide quand même sérieusement à s’orienter en un monde inconnu ! Elle inclue aussi d’essayer de trouver un sens à notre existence, un « comment » et un « pourquoi » : qui ou que suis-je exactement ? Pourquoi ce monde est-il tel qu’il est, si incroyablement complexe ? Pourquoi toute cette souffrance ? Pourquoi sommes-nous si vulnérables et y a-t-il quelque chose en nous qui ne l’est pas ? …

L’Oracle de Delphes ne nous exhortait pas pour rien : « Connais-toi toi-même ! » expression qui pouvait certes avoir un sens différent de celui qu’on lui attribue de nos jours mais qui était malgré tout claire.

Il y a en l’homme un besoin de comprendre, de connaître, de pouvoir expliquer, ce n’est pas un hasard. J’ai lu un jour que « l’Appel de Dieu » était en fait une forme d’appel « magnétique » traversant ce monde, qui est en résonance avec notre noyau le plus intime et le fait vibrer.
Y répondre est simplement se tourner vers ce noyau spirituel, se mettre à l’écoute de sa vibration, et pour ça il est en effet indispensable de se connaître, car sans cela on ne pourra jamais s’arracher de la domination du corps physique et du mental, émotions comprises.

C’est pour moi le seul but qui en vaille la peine, tout le reste est « vanité et poursuite du vent », et lorsque (souvent) je l’oublie je me surprends, tel Don Quichotte, à me battre contre des moulins à vent que je prends pour des géants et finis (non moins souvent) par me retrouver les quatre fers en l’air – normal pour un « Avisferrum », me diras-tu…

Quant à savoir ce qu’est vraiment Dieu…
Je n’ai certes pas cette prétention, et me méfie de ceux qui claironnent « Vous êtes des Dieux » (sous-entendu continuez à dormir tranquilles…) dans notre forme et notre état actuels nous en sommes à mon humble avis très loin, une chenille n’est pas encore un papillon, un gland n’est pas encore un chêne – même si les glands qui se prennent pour des chênes ne manquent pas, sur ce point au moins nous tomberons d’accord ! :-D

En tout cas une chose est sûre, et la science, pourtant au départ très matérielle, découvre de plus en plus ce que les gnostiques savaient depuis toujours : notre monde n’est pas du tout ce qu’il semble être et par conséquent nous non plus !

Le réaliser et l’accepter me semble un pas essentiel vers la Sagesse et le début de la quête.
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