Tendres plaintes

Publié le par Lionel Droitecour

... J’y suis le passager de ces rêves étranges que font les musiciens en regardant les sphères ...

... J’y suis le passager de ces rêves étranges que font les musiciens en regardant les sphères ...

La musique est un lieu qui console de vivre,
Espace, sur la terre, où les corps vont, meurtris ;
À la lèvre un frisson, pareil à une plainte,
Pour l’être en désarroi qui cherche une harmonie.

Partout où l’âme souffre en la lumière honnie,
Miséricordieux, l’écho d’une complainte,
Ses élans, ses sanglots, râles des cœurs épris
Résonne en l’aria qui, bientôt, nous enivre.

Des fugues, toccatas, ou concerto bavard ;
De l’ample symphonie aux murmures du lied,
La musique est un lieu habité par l’amour.
Je m’y suis découvert des amitiés solides…

Le vieux Bach y sourit, réjouit en ses rides,
Son lorgnon sur le nez et l’œil à contre-jour,
Qui peuple l’univers où recule le vide
Lorsqu’il fume sa pipe en déployant son art.

Et j’erre volontiers au gré des paysages,
Toquant avec bonheur à chaque porte close
Où m’attendent d’un maître une fête, une gerbe,
Une grâce qui naît de la splendeur des choses.

Je me guéris, ici, de mes humeurs moroses,
Des profonds horizons d’une douleur acerbe,
J’apprête mon oreille au chœur qui s’y dépose,
Nuances d’infinis qui baignent mes rivages.

J’y suis le passager de ces rêves étranges
Que font les musiciens en regardant les sphères,
L’œil plongé dans la nue d’où montent leurs accords.
Et, gardé du démon qui rampe sur la terre

Et veut d’un monde sourd pour gober sa chimère,
Je m’élève en silence en ces amples décors,
Porté par les accents des subtiles prières
Où l’onde enfin s’émeut comme aux ailes des anges.

décembre 2006

Publié dans Musique

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