L’encrier

Publié le par Lionel Droitecour

... Mais son âme s'éprend de la nouvelle aurore, qui force son destin et lui monte à la gorge ...

... Mais son âme s'éprend de la nouvelle aurore, qui force son destin et lui monte à la gorge ...

Le poète n'a plus d'encrier pour écrire ;
Il n'a plus de remède à sa passion subite,
Sur la page, sa main se refuse à décrire
L'holocauste arrogant de ses aubes en fuite ;
Le poète n'a plus d'encrier pour écrire.

Il a forcé son âme au mutisme orgueilleux
Où solitude veille, il ne veut plus donner
Au monde sa parole, au vin clair et joyeux
Qui d'extases s'enivre en rythmes ordonnés ;
ll a forcé son âme au mutisme orgueilleux.

Le voici qui se rend au mensonge du jour ;
Il pose son regard amoindri sur le monde
Et s'accorde aux arias entonnées sans amour
Par l'épaisse cordée de la foule inféconde ;
Le voici qui se rend au mensonge du jour.

Mais son âme s'éprend de la nouvelle aurore,
Qui force son destin et lui monte à la gorge,
Dénouant sa rancœur, intime, en chaque pore,
Aux cieux illuminés d’où son verbe se forge ;
Et son âme s'éprend de la nouvelle aurore.

avril 1991

Publié dans Autobiographie

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