Matériau

Publié le par Lionel Droitecour

Francis Bacon (1909-1992), « Trois études pour un portrait d’Isabel Rawsthorne », 1965

Francis Bacon (1909-1992), « Trois études pour un portrait d’Isabel Rawsthorne », 1965

Cette haine profonde et ce désir malsain
Qui suinte de mon corps comme sueur mauvaise,
Cette détestation que j’ai de ma personne,
De ses tristes atours et de ses oripeaux ;

Ma honte, ma douleur, ce fiel et tous ces maux
Répandus en mes veines où vivre s’empoisonne,
La morne lassitude qui jamais ne s’apaise
Au rythme lancinant de ce cœur incertain ;

J’en fais la nourriture du verbe qui m’opprime
Et s’impose vainqueur à mon doute fébrile
Tracé en arabesques aux rives intouchées.

Dans la métrique, alors, des phrases abouchées,
Fantasme empanaché d’errements infertiles

Des cimes, je dessine esquisses pour ma rime.

octobre 2005

Publié dans Névrose

Commenter cet article

A
Un bien beau poème, sincère et poignant, qui comme souvent incite à la réflexion.
Je comprends très bien de quoi il est question, cette identification au corps et la souffrance qui en résulte. Je crois qu'au fond de nous quelque chose (même si ce terme est impropre) sait avec certitude que cet assemblage de chair n'est qu'un pâle reflet de notre être véritable.
Pourtant nous nous identifions à lui, par la force des choses car finalement nous sommes aussi cela, créature éphémère soumise aux lois de ce monde, même si de doux rêveurs de mon espèce se plaisent à s'imaginer en pur esprit de Lumière ! :-)
En tout cas voici un fort bon sujet de méditation avant de m'endormir ce soir, grâce à ta prose puissante qui à elle seule m'apporte déjà la réponse que je crois chercher : oui, indiscutablement nous sommes bien plus qu'une combinaison d'atomes et notre existence bien plus que le résultat d'un hasard capricieux !
Répondre