En l’infini du sens

Publié le par Lionel Droitecour

Honoré Daumier (1808-1879), Le petit clerc, dit le « saute ruisseau »

Honoré Daumier (1808-1879), Le petit clerc, dit le « saute ruisseau »

J’ai parlé sans détour au lieu de l’émotion,
Le verbe m’est venu, les mots, comme de l’eau,
De ma main ont coulé sur le clavier ductile
Et l’écran s’est paré de ma verve futile.

C’est ainsi, je ne sais ce que vaut ce discours,
J’avance sans effort en la rime au long cours ;
Aux bavardes cités, tel le saute-ruisseau,
Commissionnaire suis de la muse en faction.

Libre et sans nulle page, affairé, je griffonne,
Nos chandelles sont mortes, plus besoin de feu ;
Pierrot, sur son ordi, pianote aux logiciels,
Virtuelle livrée aux millions de pixels.

Tactiles nos secondes, rondes efflanquées,
Se répondent par mail en vagues palanquées ;
Leur prélude en l’après-midi s’essouffle un peu :
Colombine, sans doute, est rivée à son phone.

Moderne, je m’en viens chaque jour sur mon site
Et publie ces marées aux orées de jadis,
Ce sont grèves lettrées où sont mes eaux dormantes,
Fugato d’une vie en ses détresses lentes.

J’y dépose, têtu, en chaque aube, à la mer
La bouteille remplie de mon délire amer,
De sable, au vent du large est mon humble bâtisse,
En l’infini du sens obscurément inscrite.

janvier 2015

Publié dans Art poétique

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