Par l’idéal humain

Publié le par Lionel Droitecour

... Sous la morgue insultante git, tel un remblai, l’humanité percluse habillée de mépris ...

... Sous la morgue insultante git, tel un remblai, l’humanité percluse habillée de mépris ...

Body bag, échoué en la ville malsaine,
Quel est ce corps couché, là-bas, sur la pelouse,
Dans l’aride matin grillé de canicule,
Epave calcinée, résidu sur la grève ?

Est-il encore en lui une illusion, un rêve,
Une espérance écrue, fut-elle minuscule ;
Quel est-il, rejeton qu’une société blouse,
Ce relégué, ce gueux, à peine forme humaine ?

Car ce monde prospère exclut plus que jamais,
Se donnant à lui-même en représentation,
Sous la morgue insultante git, tel un remblai,
L’humanité percluse habillée de mépris.

Partout est le stigmate où se paye, à vil prix,
L’indifférence hautaine et son prince comblé ;
L’arrogant privilège offense la nation,
Monarque restauré, prélat en son palais.

Car la cupidité ici commande en maître,
Il faut accaparer par la spéculation,
Saisir, prendre, agioter, accumuler son or,
L’argent, divinisé, réclame un sacrifice !

Et le bourreau moderne ainsi fait son office,
Condamne l’indigent par la loi du trésor,
Avilit la victime en sa détestation,
Mais retient son tranchant ultime au seuil de l’être.

Car ce pleutre marchand, dont le courage est lent,
Ce repaît pour autrui de cette mort sociale,
La misère épandue est le sceau de son règne,
Et produire le mal, sa source et sa vigueur.

À chaque coin de rue, réduit par sa rigueur,
Voici l’humain qui peine, ou se vend, ou se saigne,
Et le dieu Dividende en sa messe bestiale,
Dans sa duplicité dit ce monde excellent.

Saturée de mensonge en ce clinquant naufrage,
Désemparé, perdu, longuement on faiblit,
La vieillesse nous vient pour couronner la dette,
Et l’on s’éteint en soi avant que de mourir.

Puis lassé de gémir, de penser, de courir,
L’industrie psychotrope en sa manne muette,
Vient nous tendre la main d’un mercenaire oubli,
Pour mener doucement notre âme en son rivage.

Ici est le triomphe où ce César sourit,
C’est notre propre main qui nous donne la mort,
Par le consentement nous tressons cette corde,
Et nous même au gibet portons notre espérance.

Notre défaite alors devient la délivrance,
Le seul rêve à rester en ce corps en discorde,
Détruit par le profit qui nous nargue en son port
Et qui jouit, tel un rustre en son môle pourrit.

Car l’homme individuel n’a plus aucun secours
S’il se refuse à l’autre et à son aventure,
Brisés de solitude, engeance de Panurge,
Holocauste serons par notre division.

Saurons nous en nos cœurs ranimer l’illusion,
Dans le chant de la lutte administrer la purge
À ce monde dément, assassin de nature,
Par l’idéal humain à renaître, toujours !

juin 2013

Publié dans Citoyen

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