La goule

Publié le par Lionel Droitecour

Lewis Hine, (1874-1940), Spinner in Globe Cotton Mill, Augusta, Georgia, 1909

Lewis Hine, (1874-1940), Spinner in Globe Cotton Mill, Augusta, Georgia, 1909

1.
C'est comme un cœur qui pulse un battement sauvage,
Halètement de goule abreuvée de diesel,
De graisse, de travail et de misère d'homme :
Machine, monstre hideux qui ne libère rien.

Le mécanisme n'a pas soulagé les reins,
Il asservit, toujours, cette bête de somme
Que la pauvreté mord, au profit éternel
D'une caste repue qui renaît d'âge en âge.

Les combats sont toujours à mener, camarade,
La lutte seule anoblira notre roture
Et les révolutions n'ont soulagé les gueux.

Tu perds ton temps ami, à contempler les cieux
Ici-bas l'injustice est là comme une injure
Et la riche arrogance, ainsi qu'hier, parade.

2.
Il faut lever les yeux et refuser la haine,
Et de sa dignité se faire une vertu,
Voit comme le puissant t'offre sa veulerie:
Pour mieux te posséder il te voudrait infâme !

Point n'est besoin de dieu pour s'inventer une âme,
D'autels enluminés, ni de bondieuseries,
La déesse raison, inepte, perpétue
Au nom du capital ses absurdes fredaines.

La spéculation accapare et détruit,
Pille le bien commun pour en faire une ordure
Et pavane partout sa gueule remplie d'or.

Partout, la banqueroute est là, qui nous ignore,
Et sa crise nous vole en prétextant la cure,
Qui ne nous guérit pas et nous laisse sans fruit.

octobre 2011

Publié dans Citoyen

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A
"Point n'est besoin de dieu pour s'inventer une âme
D'autels enluminés, ni de bondieuseries"
Tu sais à quel point je suis friand de ce genre de phrases, elles ont sur moi un effet urticant, mais ce ne sont que la plume ou le clavier qui me démangent, je te rassure ! :-)
S'inventer une âme... Hmm... Tout dépend de ce qu'on entend par "âme" !
Si tu pense à la personnalité, la manière de se comporter je partage ton opinion, on peut effectivement l'inventer - même si le mot est un peu fort car au fond "il n'y a rien de nouveau sous le soleil" !
Mais est-ce notre âme ? J'ai un doute, même si je suis conscient que les mots ont leur limite et ne représentent pas la chose... Parler d'une fraise à celui qui n'en a jamais gouté restera fragmentaire, il en est de même avec l'âme, tant que nous n'en aurons pas savouré toute l'étendue elle restera un mystère pour nous...
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A
Absurde ? Que nenni, mon ami ! :-)
Certes notre personnalité est influencée voire formée par toutes nos expériences de cette vie et d'avant (certains enfants ont déjà des caractères bien ancrés, parfois totalement opposés à ceux de leurs géniteurs)
Certes en l'enfant ce que peut appeler "l'esprit" ne peut encore s'exprimer totalement, et la plupart du temps lorsqu'il le pourrait il est déjà bien tard, l'enfant a été irrémédiablement conditionné et (dé)formé...
Pourtant cet Esprit est présent en nous, mais on ne peut le percevoir que par la négative, c'est à dire en allant justement au-delà de ce dont tu parles et qui "s’invente en nous, de tout ce que nous sommes, par la réalité physique qui nous porte et qu’elle s’enrichit de toutes nos interactions au monde"
L'Oracle de Delphes nous y exhorta jadis : "Connais-toi toi même !"
Éliminons nos conditionnements, notre fausse éducations, nos traumatismes, nos goûts (ceci est bien, ceci est mal), nos schémas répétitifs et morbides, nos opinions, nos peurs, nos angoisses, nos désirs, nos attachements, etc, etc. bref tout ce que nous croyons être "nous" et ce qui reste est une pure Présence, un témoin immuable qui ne change pas, même au fil des tribulations. Il était en nous enfants, en arrière plan, il sera en nous à notre trépas, à jamais inchangé - d'ailleurs les accompagnateurs de personnes en phase terminale s'accordent à dire que souvent à quelques jours / heures du trépas le mourant change subitement, tout ce qui le phagocytait le quitte et sa personnalité (son égo), cette voix qui toute sa vie l'a trompé et conduit au mensonge se tait enfin devant l'inéluctable.
Voir le monde avec les yeux de cet Esprit est ce que l'on nomme l'Illumination, même la Mort n'a plus de pouvoir sur un tel être, car tout ce qu'elle pourrait nous prendre nous y avons déjà renoncé, avec sérénité et Amour.
L
En vérité je pense que ce que nous appelons notre « âme » s’invente en nous, de tout ce que nous sommes, par la réalité physique qui nous porte et qu’elle s’enrichit de toutes nos interactions au monde.
Elle y reste donc attachée, à mon sens, et il est absurde de penser qu’elle puisse nous survivre au delà de cette existence terrestre.
Et s’il demeure possible de rêver que cet ectoplasme, de quelque façon assez difficile à imaginer nous prolonge, dans une éventuelle et très hypothétique « autre vie », cela ne nous concernera en aucune manière, puisque nous n’existeront plus.
Cette autre vie étant, stricto sensu, la vie de quelqu’un d’autre...