Ex cathedra

Publié le par Lionel Droitecour

... J’ajoute mon silence aux voix qui se sont tues, millénaires pavois de notre âme livide ...

... J’ajoute mon silence aux voix qui se sont tues, millénaires pavois de notre âme livide ...

(Pour être tant de fois passé au pied de la cathédrale de Strasbourg)

Ah, c’est une falaise, effondrée à nos yeux,
Plutôt qu’échevelée vers l’azur qui l’appelle ;
Masse gris rose et brute haussant sa silhouette
Au cœur de la grand-ville hérissée de ses pointes.

Cathédrale où flamboie une vierge aux mains jointes,
Monumental écho que sans cesse un vent fouette ;
Où des anges, des rois, cohorte sentinelle,
Veillent depuis des siècles, questionnant les cieux.

Vaste témoin du temps où l’on craignait un dieu,
Ceignant la foi ainsi que le manteau d’orgueil,
En intimant les nues d’une résurrection
Qui n’est que l’avatar de notre angoisse blême.

Cent fois j’y suis passé, méditant ce poème,
Et j’en fait don ce jour en ma déréliction,
Nibelungen, au Rhin, dont l’antique recueil
De légendes jadis fut un seuil pour ce lieu.

Et, dans l’infinité de ces ajours radieux,
Des pas déambulés sous les arches des voûtes,
Dans le foisonnement, murmuré en l’abside,
En suppliques enfuies, fanées sous les statues ;

J’ajoute mon silence aux voix qui se sont tues,
Millénaires pavois de notre âme livide :
Il n’est que le néant qui veille nos déroutes,
Les déités ne sont que mensonges odieux.

Nos mythes ne sont plus qu’un ramassis de vieux
Ecrits où vont bêler des foules ignorantes,
Et tout ce catéchisme, enluminant le grès,
Ouvrant sur les vitraux la bible des lumières ;

Tout cela aujourd’hui ressemble aux cimetières,
Où les touristes vont et viennent à leurs grés,
Vulgaires passagers de ces nefs sidérantes,
Voguant vers un ciel mort que peuplent des curieux.

octobre 2014

 

Publié dans Spiritualité

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