Pour duper le trépas

Publié le par Lionel Droitecour

Le grand Duduche, par Cabu, (1938-2015)

Le grand Duduche, par Cabu, (1938-2015)

Puisqu’il faut tenter de sourire,
Malgré le deuil, malgré le drame,
J’élèverai, telle une flamme
La remembrance de ton rire.

Je plaisanterai ma douleur,
En l’outre-larme de mes joies,
Jadis, où furent claires voies
Avant que vienne le fouleur.

Assassiné, est-ce possible ?
Toi, le paisible adorateur
De la muse, dessinateur,
Blagueur sans égard pour ta cible ?

Pourtant, jamais de sang versé,
Juste de l’encre sous ta plume,
Ridicule où ta verve exhume
Le mensonge en son jour percé.

Car je refuse l’imparfait,
Tu me demeures, cœur ouvert,
Ange immortel et toujours vert :
Tu es mort, mais non pas défait.

Ainsi Daumier aux yeux lucides,
Qui croquait le bourgeois croquant,
Tu seras ce rameur souquant
Aux vagues des âmes avides.

Je donnerai demain ton livre
À l’enfant courant sur mes pas,
Ainsi, pour duper le trépas
L’aube, de la nuit se délivre.

LD, 9 janvier 2015

Publié dans Citoyen

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