Vert galant

Publié le par Lionel Droitecour

Rogier Van der Weyden, (1400-1464), Saint Luc dessinant la Madonne, détail

Rogier Van der Weyden, (1400-1464), Saint Luc dessinant la Madonne, détail

J’ai volé, chaque fois que j’ai pu, à l’instant,
La trame du poème, esquisse au cœur latent,
Charlatan d’infini sous un ciel de misaine,
Hauturier enivré de la course lointaine.

Et me voici ce soir un peu las mais content,
L’ ouvrage devant moi et ce qui va, restant,
Qui frémit sous mes doigts en ma glose non close,
Au ruisseau de la muse où mon âme s’expose.

Elle m’appelle encore et me tire l’oreille,
Il est un pampre vierge au défaut de la treille
Et ma douce insolente est là, qui me tourmente,
Aiguillonnant son dard en ma chère soupente.

Hélas, et moi je cours épuisé sur ses pas,
La vive énamourée, sotte qui n’attend pas
Et me perd au fourrés des ineptes parjures
Où ma voix qui s’éteint s’éparpille en ratures.

Mais elle n’en a pas terminé avec moi,
Et revient bousculer, aux sentes de l’émoi,
L’écrivaillon qui feinte et cherche la paresse
Pour divertir, enfin, l’impatiente déesse.

Laisse un peu de repos muse à ton vert galant,
Je reviendrai demain, dans l’orée, d’un pas lent,
Ma trame dérisoire esquissant sur l’aurore
L’entame de ta voix où mon verbe pérore.

juin 2012

Publié dans Art poétique

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