Erbarme dich

Publié le par Lionel Droitecour

Kathleen Ferrier, contralto, (1912-1953)

Kathleen Ferrier, contralto, (1912-1953)

J’ignorais tout, alors, de ce havre tragique.
La suave mélodie du violon, chantournée,
Captait mon attention malgré le rubato
Et les portamenti outrés de l’interprète.

Et puis la voix, soudain, comme une fleur secrète,
Et mon cœur sourdement battant l’agitato
D’une onde, vers sa source aussitôt retournée ;
Puis l’horloge, vaincue, au gré de l’agogique.

Malgré l’orbe du temps Ferrier demeure une ile,
Brise, épousant l'extase en sa trame ductile,
Par la plainte de Bach en son « Erbarme dich » ;

L’éternité ici, revêt, humble, fragile,
La grave nudité de notre humaine friche,
Ombre, lumière, larme où une âme s'exile.

février 2008 

Kathleen Mary Ferrier,  née le 22 avril 1912 à Preston (Lancashire) en Angleterre et morte à Londres le 8 octobre 1953, est une contralto anglaise qui a acquis une renommée internationale grâce à la scène, aux concerts et à ses enregistrements. Son répertoire s'étendait de la chanson folklorique et de la ballade populaire aux œuvres classiques de Bach, de Brahms, de Mahler et d'Elgar. Sa mort, causée au sommet de sa gloire par un cancer du sein, a consterné le monde de la musique et le grand public, qui ne connaissait pas la nature de la maladie.

Publié dans Musique

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I
Souvent tes poèmes sont des fusées à plusieurs étages, parfois en y revenant ou en écoutant les musiques qui les accompagnent on (re)découvre d'autres choses...
Sur celui-ci la musique et le titre allemand m'ont rappelés que ma grand-mère était toujours émue en entendant une chanson intitulée "Wolgalied" extraite de l'opérette "Der Zarewitsch" de Franz Lehar.
Elle avait perdu un jeune frère pendant la 2ème guerre mondiale, disparu sur le front de l'est, or les paroles de cette chanson évoquent la complainte d'un soldat perdu sur les bords de la Volga.
La voici, dans sa meilleure version du ténor Fritz Wunderlich :
https://www.youtube.com/watch?v=fCDid5z44ps
La fin à partir de "Hast Du dort oben..." est particulièrement poignante :
"Allein! wieder allein!
Einsam wie immer.
Vorüber rauscht die Jugendzeit
In langer, banger Einsamkeit.
Mein Herz ist schwer und trüb mein Sinn,
Ich sitz' im gold'nen Käfig drin.
Es steht ein Soldat am Wolgastrand,
Hält Wache für sein Vaterland.
In dunkler Nacht allein und fern,
Es leuchtet ihm kein Mond, kein Stern.
Regungslos die Steppe schweigt,
Eine Träne ihm ins Auge steigt:
Und er fühlt, wie's im Herzen frißt und nagt,
Wenn ein Mensch verlassen ist, und er klagt,
Und er fragt:
Hast du dort oben vergessen auch mich?
Es sehnt doch mein Herz nach Liebe sich.
Du hast im Himmel viel Engel bei dir !
Schick doch einen davon auch zu mir."
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I
Bel hommage à cette artiste, que je ne connaissais pas. Une voix exceptionnelle !
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