En la mer, oublié

Publié le par Lionel Droitecour

Joseph Mallord William Turner, (1775-1851), A Disaster at Sea

Joseph Mallord William Turner, (1775-1851), A Disaster at Sea

Le poème est un lieu d’ultime vérité.
Intime m’y révèle en mon altérité
Et si je viens à vous, qui me lirez peut-être,
C’est comme un prisonnier derrière une fenêtre.

Je ne sais que décrire, au fond de ma cellule,
Moi que muse détient sous sa tendre férule,
Le contour indistinct de mes mornes pensées,
Marmonnant mon discours en trames insensées.

Là j’ai cousu mes vers en espérant l’aurore,
Solitude sans nom où sans fin je pérore,
Sémaphore inutile en la mer, oublié.

Si j’ai craint, si j’ai cru, attendu, supplié,
Aujourd’hui je n’ai plus, devant le ciel béant,
Qu’un désir de me fondre en ce vaste néant.

janvier 2012

Publié dans Marine

Commenter cet article

I
Très beau poème, que j'ai relu maintes fois afin d'essayer de m'imprégner de ce qu'il exprime.
"Et si je viens à vous, qui me lirez peut-être,
C’est comme un prisonnier derrière une fenêtre.
........
Aujourd’hui je n’ai plus, devant le ciel béant,
Qu’un désir de me fondre en ce vaste néant."
Partir de nos limitations pour atteindre l'infini, voilà certainement le seul but qu'il vaille d'atteindre, mais avant d'y arriver il faudra explorer des contrées ingrates et parfois désespérantes, au risque de se fracasser contre les rochers...
C'est alors qu'un sémaphore oublié pourra, si on y prend garde, nous ramener vers des eaux plus calmes et un ciel plus lumineux.
Répondre
I
Facile d'être un bon lecteur sur ton site où chacun peut trouver son bonheur - moi en tout cas je le trouve ! :-)
Étonnante, ta manière intuitive d'écrire, finalement c'est la vraie inspiration, moi je serais plutôt du genre à choisir un thème puis travailler le texte jusqu'à ce qu'il me convienne... pour finalement m'apercevoir plus tard qu'il ne me convient pas tant que ça !
"Passagers que nous sommes, en la mer, oubliés, à interroger vainement ce sémaphore illusoire..."
C'est une belle interprétation, la mienne était que la poésie peut parfois être un sémaphore qui nous guide au-delà des écueils et ravive en nous le souvenir lointain et nostalgique d'un monde perdu...
L
Sans flagornerie aucune, je suis un auteur fortuné de posséder un lecteur tel que toi.
Quant à ce qui est du sens précis de mes poèmes et de ce qu’ils expriment, au risque de te surprendre, je n’en sais pas davantage que toi.
Ces mots là me traversent, coulent de mes doigts, et à défaut de s’inscrire sur le papier, allument les diodes électroluminescentes de nos écrans de leur virtualité passagère.
Passagers que nous sommes, en la mer, oubliés, à interroger vainement ce sémaphore illusoire...