Mémoire assassinée

Publié le par Lionel Droitecour

... son fauteuil bancal, dénué de son œil n’est plus qu’une phonème ...

... son fauteuil bancal, dénué de son œil n’est plus qu’une phonème ...

La vieille dame est morte au détour de ma rue.
Sa vie, sur le trottoir, dispersée à l’encan
Ne trouve nul preneur, au gré de l’héritage,
Et se perd, surannée, en ce morne décan.

Le lustre effiloché d’une intimité blême,
En son fauteuil bancal, ancien compagnonnage,
Dénué de son œil n’est plus que ce phonème
Qu’une larme de pluie mouille de sa décrue.

Tout ce lot compassé de vieilles habitudes
Qui disait son prénom aux longues solitudes,
Son chat, qui s’est sauvé et miaule aux embrasures ;

Et ce vain déballage, insulte au souvenir,
Gémissent son absence en ce qui va périr,
Mémoire assassinée que l’on pousse aux ordures.

mai 2008

Publié dans Nostalgie

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I
Beau poème et belle réflexion sur le peu de choses qui restent d'une existence humaine, tous ces objets qui faisaient notre vie, dans lesquels nous avions mis une partie de notre âme sont soudain tristes et désenchantés, vestiges poussiéreux d'une vie révolue... Moi qui n'ai pas de descendance, mon rêve est de connaitre un peu à l'avance le moment de quitter ce monde et partir sans laisser de traces, ni photos, ni souvenirs, ni pauvres objets soumis à la convoitise ou l'indifférence de ceux qui se partagerons les restes... Je suis venu avec rien et je repartirai avec rien - de matériel, s'entend, pour le reste... on se laissera surprendre ! :-)
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