À l’usurière

Publié le par Lionel Droitecour

Moret sur Loing, Maison Raccolet, L'usurier

Moret sur Loing, Maison Raccolet, L'usurier

Parce que vivre est une dette
Il nous faut nous en acquitter,
Chaque jour, devant sa recette,
Son huissier veille en vanité.

Chaque instant de félicité,
L’enfance heureuse dans sa fête,
Vermeil, en sa maturité,
Le fruit que l’aube nous apprête,

Ce, jusqu’à la moindre piécette ;
Au livre d’heure, décompté,
Et nul espoir qu’on le remette
Au taux d’usure est bien compté.

Grappille, gaspille, éhonté,
Ou bien amasse en ta cassette,
Camarde n’a nulle bonté
Et rafle tout dans ton assiette.

Ton savoir ou tes chansonnettes,
Ton art, ta créativité,
Ton dieu de marbre et ses sornettes,
Ton espoir en vain délité,

Où ton humaine dignité
Bat la breloque en sa défaite,
Tout meurt face à l’éternité,
Tout fuit devant l’aube imparfaite.

Fausse monnaie de nos emplettes,
Même l’amour est invité
À se dissoudre en nos nuits blettes.
Au chant de la calamité,

Je ne sais mie de la cité
Où vont nos âmes en goguette,
Au verbe, âpre fatalité,
Je ne sais rien, sauf que je guette.

mars 2012

Publié dans Spiritualité

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I
Ce poème pourrait presque être qualifié de "gnostique", cher ami, même si je sais que tu t'en défendras avec véhémence ! :-)
Les gnostiques n'affirment-ils pas depuis toujours que le monde qui est le notre est celui de la dialectique, ou le "bien" et le "mal" s'équilibrent en permanence... jusqu'à ce qu'on puisse s'en libérer et voir qu'en définitive l'un et l'autre n'étaient qu'une illusion !
Rien en ce monde ne pourra jamais combler notre soif d'absolu, seul l'éveil le pourra !
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I
Profession de foi ? Oui, oui, certainement, mon ami, tu as bien raison !
Je trouve que c'est bien que nous soyons d'avis différent sur quelques sujets, ça ne peut qu'enrichir le débat ! :-)
Par exemple je ne sais pas ce qui s'est passé en Syrie - même si j'ai un avis sur la question - n'étant pas allé sur place et ne croyant plus du tout les bobards dont nous abreuvent nos "merdias" à longueur d'année...
C'est pourquoi, au plus tard depuis le 11 septembre 2001, s'il y a une leçon que je retiens pour ma part de l'histoire c'est celle-ci, et elle se trouve dans des définitions même du mot sur mon petit Bibliorom Larousse :
Histoire : Relation des faits, des évènements passés concernant la vie (de l'humanité, d'une société, d'une personne, etc.).
Mais aussi : Récit mensonger visant à tromper. "Allons ! Ce sont des histoires, tout ça !"
(c) Larousse.
Cette dernière me convient parfaitement, même - et surtout - pour l'Histoire avec un grand H.
L
Pourquoi "forcément" ?
Cela relève de la profession de foi !
Regarde ce qui s'est passé en Syrie, par exemple. Les hommes de bien se sont levés et ils ont été massacrés. Point final. Aujourd'hui il n'y a plus dans ce pays que des prédateurs qui s'entretuent pour s’accaparer la dépouille d'un pays en ruine.
Il n'y a pas d'équilibre et tout ce qui tente illusoirement de le maintenir se tranche au fil de l'épée.
C'est bien là la seule leçon de l'histoire...
I
En caustique sans encaustique, tu brilles sans cire, c'est sûr ! :-)
Passionnante question que celle du bien et du mal... Définir ce qui est bien et ce qui est mal est déjà tellement délicat... Mais notre monde dialectique doit à mon très humble avis être en équilibre, autrement il ne pourrait fonctionner.
Il est vrai que le "mal" - ou ce qu'on peut voir en tant que tel - semble dominer, mais il y a forcément un courant inverse, pas forcément visible, qui équilibre le système... Si un jour cet équilibre cesse notre monde sombrera dans les limbes et s'autodétruira, comme une sphère en équilibre entre deux aimants tombera si un des deux pôles est désactivé...
Cela arrivera sans doute un jour, lorsque le temps sera venu, mais jusque là nous avons encore le choix...
L
Le bien et le mal ne s'équilibrent nullement, à mon avis. Le plateau de la balance, côté mal, est au taquet depuis longtemps, depuis toujours sans doute. Les hommes de bien survivent comme ils peuvent. Quand aux salauds, ils se convainquent sans sourciller qu'ils œuvrent pour le bien, puisqu'ils ramassent la mise.
Regarde ce pauvre brave homme de secrétaire d'état qui avait oublié de payer ses impôts (depuis plusieurs années...) : il n'a pas encore réussi à comprendre pourquoi on lui a cherché des poux dans la tête.
Un être de qualité, si bien sous tous rapports, viré comme un malpropre !
C'est à dégoûter d'être gnostique. À défaut, je reste caustique...