Le sommeil des anges

Publié le par Lionel Droitecour

Christophe.leparoux, La chrysalide des anges, http://leparoux.blogspot.fr

Christophe.leparoux, La chrysalide des anges, http://leparoux.blogspot.fr

La tristesse habitait ma maison ;
Pas le malheur ou la misère,
Ni la gêne.

Enfant, on ne sait rien du deuil
Et la mémoire s’arrête au seuil du jour nouveau.
Hier, c’était il y a longtemps ;

Ce soir, c’est loin,
Demain, C’est quand ?
Si l’on vous dit : « Tu te souviens ? »

On reste pris en faute, interdit ;
Cherchant, dans les histoires que content les parents
À démêler le vrai d’avec les songes.

Ma sœur n’avait pas vécu ;
Je ne savais rien d’elle,
Innocent de ce drame où s’énonçaient nos veilles.

Et devant une tombe « Ici repose un ange »
J’essayais de sourire pour égayer ma mère,
Si grave, tout soudain.

Je me suis figuré
Que j’aurais dû changer sa place sous la terre ;
Je tentais d’être un ange

En poussant, malgré tout, sous l’œil de son regret.
Fils de substitution
Qui ne remplaçait pas la fille disparue.

La peine creuse encore, quand tout cela n’est plus,
Son sillon en mon âme où ces restes perclus
Perdurent en échos incertains et diffus.

aout 2007

Publié dans Autobiographie

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I
Quel beau poème, sur le deuil et l'impossible oubli...
Souvent je m'interroge sur cette propension bien humaine qui nous pousse à revivre sans cesse nos souffrances, comme si en nous quelque chose nous poussait à fuir le bonheur et la paix intérieure.
Certes la perte d'un enfant est terrible, j'ai connu un tel drame dans ma famille, mais l'esprit devrait pouvoir s'en détacher, non par égoïsme ou indifférence mais parce que c'est la seule manière censée de fonctionner !
Au lieu de cela combien de parents brisés ont ressassé ce deuil toute une vie, encore et encore, se détruisant à petit feu et détruisant aussi leur entourage, comme si un malheur en appelait d'autres, comme si l'âme voulait expier sans cesse une faute dont elle se sent responsable.
Un enfant est impuissant devant un tel besoin d'expiation, il ne peut que subir et culpabiliser à son tour, lorsqu'on lui fait comprendre qu'il serait totalement monstrueux qu'il ne souffre pas aussi...
Ce n'est que bien plus tard qu'il peut commencer à se détacher de cette masse sombre, par le pardon et une compréhension pleine d'amour de la grande tragédie humaine !
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