Hier ist kein warum

Publié le par Lionel Droitecour

Primo Levi, (1919-1987)

Primo Levi, (1919-1987)

Non, il n’y a pas de pourquoi,
Le mal existe pour lui-même.
Absurdement, il fait sa loi
Et murmure en chaque phonème.

Est-ce l’instinct du prédateur,
Est-ce notre malédiction,
Ou le dol scarificateur
De notre chair en perdition ?

Assurément il est jouissance
Pour le pervers en sa faction,
Survivre, en sa toute puissance,
Par le meurtre est son addiction.

L’homme de paix en sait la flamme,
La combattre est son oraison,
Ce feu là dévore toute âme
Prêt à consumer la raison.

Il n’est point besoin de marcher
Sous l’étendard de la conquête,
La flèche au carquois de l’archer
Attend son heure, elle s’apprête.

Et dans l’angoisse ou dans la peur,
Vois, il s’en vient sans coup férir,
Porté par un désir trompeur,
Toute vertu y peut périr.

Veule, ainsi, vautré dans sa fange,
Passée la porte de l’atroce,
C’est l’humanité qui s’effrange,
La camarde y mène la noce.

Tuer, renier, piller, violer,
Le crime est ferment de l’histoire,
Levain, la mort y fait enfler
L’horreur aux pages du grimoire.

Mais nulle leçon du passé,
Tout monument est illusoire,
Inutilement ressassé,
Vain est le devoir de mémoire.

Présent dans un berceau funeste,
Dans les relents de nos amours,
Endémique, comme la peste
Le mal, sans fin, renaît toujours.

S’il est de nos fibres mortelles,
Est-ce un reste de cette bête,
Chrysalide où dormaient nos ailes,
Ancienne gangue en notre tête ?

Est-il, au cerveau reptilien,
Trace d’un instinct compulsif,
Antique lieu, barbare lien,
Reflexe infâme et convulsif ?

Est-il le fruit de la pensée,
Du calcul rusé de la science,
Est-ce intelligence insensée,
Seuil d’une consciente inconscience ?

Sans doute est-ce les deux, mon cher,
Inextricable est emmêlée,
Au ressentiment de la chair,
L’âme imparfaite, échevelée.

Indissociable et sans clarté
Voici cet étrange charroi,
Inconnaissable, en vérité,
Fou de son propre désarroi.

Et de sa duale nature,
Victime ou bourreau, c’est selon,
L’homme bâti sa sépulture,
Boues, marne, sable, aigre limon.

janvier 2014

Publié dans Résilience

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I
Beau poème sur l'origine et la persistance du mal !
On s'interroge, en effet, et toute tentative de réponse ne peut qu'être qu'une opinion pour celui qui - comme moi - n'a pas encore réussi à percer les mystères de ce monde...
Pour l'instant c'est la "version" des gnostiques qui m'a, à titre personnel, paru la plus acceptable : le monde dans lequel nous nous trouvons n'est qu'une "copie" du monde originel, une réplique certes extraordinairement complexe mais très imparfaite, dans laquelle le "bien" et le "mal" se doivent d'être équilibrés pour que ce monde puisse subsister.
La mal serait alors l'aiguillon qui nous incite à l'éveil, à comprendre dans quel monde nous vivons et à aspirer au retour dans notre "Royaume" d'origine, aspiration que nous n'aurions pas si tout allait pour le mieux. Autrement dit le "mal" nous fait évoluer en nous faisant développer une Lumière intérieure capable de rayonner même dans les ténèbres, en nous faisant prendre conscience de l'ensemble de notre être.
Au final, pour un "éveillé" la notion de bien et de mal est toute relative, seules comptent les opportunités d'évolution et de libération.
Bon, il y a encore bien d'autres aspects, mais dans l'ensemble c'est ce que j'ai - imparfaitement - compris ! :-)
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