Aux portées du néant

Publié le par Lionel Droitecour

Ilia Iefimovitch Repine (1844-1930), Les Bateliers de la Volga

Ilia Iefimovitch Repine (1844-1930), Les Bateliers de la Volga

Comme un enfant perdu dans la quête du temps,
Dont le regard sérieux interroge l’instant,
Dans le remord ardent de notre infanticide,
Nous allons, sans livrée, où la voile décide.

La nef de notre vie, sans compas ni boussole,
Est sillage d’écume au flux de la parole
Et, guetteur de marées aux silences des eaux,
Nous jetons à la mer nos rus et nos ruisseaux.

Nous n’entendons gémir que nos propres antennes,
Inclinées sur la houle où s’épuisent nos peines,
S’il est une croisière, hélas, au banc de nage,
Nous en sommes forçats enchainés, sans rivage.

Le naufrage viendra, périrons en l’abîme,
Nous y perdrons au moins cette frayeur intime,
Ce doute en le prospect de notre déchéance,
Agenda goguenard d’une maigre créance.

Aux brisées de la mer, aux ramures du vent,
Dans le deuil de nous-mêmes on se grise souvent,
Mais la nuit nous ramène aux portées du néant
Dans la vague agonie où l’on traine, céans.

Nul reste dans nos mains, tout sombre et se corrompt,
Le désir en nos cœurs cède où le corps se rompt
Et l’écueil à venir au charroi de l’écume,
Est promesse à la proue qui le cherche en la brume.

janvier 2014

Publié dans Marine

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