Au dérisoire accent

Publié le par Lionel Droitecour

Maurits Cornelis Escher (1898-1972), Exposition d'estampes

Maurits Cornelis Escher (1898-1972), Exposition d'estampes

Quelle est ma vérité dans l’oracle du jour ?
Dans le fragment que j’ai pour me faire une idée
De ce peu que je vois des limites du monde,
Où mon cœur outragé dévoile sa faconde ?

Et que puis-je, au réel, apporter de concret
De ma voix qui se perd en cet accord discret ?
Je ne suis qu’une forme en la conque évidée,
Enclos en cette absence est mon simple séjour.

Ce qu’il me faut emplir est étrange et divers,
Je n’ai que mon discours en la sonore instance,
Pour célébrer ce lieu où le contour s’engendre
Au gré des horizons qu’il lui faudra comprendre.

Et, dans la vive ardeur d’un printemps murmuré,
Dans le rappel diurne, en la rive emmuré,
D’un songe à peine éclos aux rigueurs d’une stance,
J’observe en ce miroir le champ de l’univers.

Je n’ai pour seul appui que mon entendement
Aux limites des sens où je suis contenu,
Et mon regard s’éteint aux portes du savoir
Plainte d’une alchimie concevant l’œuvre au noir.

Mon préjugé s’encombre de religion,
Chimère au temple vide empli de dérision,
Le mythe en soi révère un nombre convenu,
Et trace en ses vaisseaux la route au gréement.

Mais pour quelle apogée dont j’ignore l’élan,
Quelque mot que j’emploie je ne suis qu’un ferment,
L’incurie est mon lot, l’inutile ma gerbe,
Et je pérore, enfin, pour dissiper mon verbe.

Et la vague me porte aux remugles du vent,
La pluie couche bientôt mon misérable auvent,
Seul, en l’intempérie, dépourvu de serment,
Je demeure en l’appel des ondes se mêlant.

Tant de plis sur la mer où l’écume s’empresse,
Je ne suis qu’en l’embrun épars sur le brisant,
Vapeur, à peine plus, que chaque grain disperse,
En l’azur effondré d’une âme mise en perce.

J’ai cherché sans relâche, au don de la parole,
Le vers inconsolé qui sera mon obole,
Je n’ai trouvé, loquace, aux ramées me grisant,
Qu’une morne chanson en la foule et la presse.

Ce n’est hélas qu’un leurre aux pentes du hasard,
En ce balbutiement sceptique il n’est qu’un songe,
Toutes nos logorrhées sont d’aune phlogistique,
Docte discours d’un gueux à la prose mutique.

En la contemplation des verbeuses contrées,
Il n’est rien qu’un relent des iles rencontrées,
Ces rivages ne sont que l’acmé d’un mensonge,
Et les pieuses clartés le remord d’un bavard.

On s’induit de soi-même en sa propre carence,
Il n’est d’autre recours que la chair en cela,
Nous sommes cette somme à l’apparat étrange
Dont la pensée se donne raison de sa fange.

Nous parcourons sans fin cet intime limon,
Sûr de tenir la barre ainsi que le timon,
À force de danser, hors, cette danse là,
En latence, il n’est plus que notre déshérence.

Et rien n’est répondu à la question suprême,
L’angoisse qui nous mord à notre flanc s’entête,
Affamé de désir, où la tombe est ouverte,
Nous n’avons pour acquis que ce qui déconcerte.

Mais nulle vérité ne gîte en ces ajours,
Et c’est le même écho qui nous revient toujours
Assourdi des regrets que l’âge en vain nous prête,
Au dérisoire accent que formule un poème.

janvier 2014

Publié dans Spiritualité

Commenter cet article