Un ruisseau sous la terre

Publié le par Lionel Droitecour

Cataracte pétrifiées, grotte d'Oselle, dans le Doubs, France

Cataracte pétrifiées, grotte d'Oselle, dans le Doubs, France

Tu errais, abattu, ami, le cœur changé,
Tour d’ivoire, à l’écart, qu’on n’ose déranger,
Solitude harassée battue par la tempête,
Refermé sur ta vie, prisonnier en ta tête.

Il te fallait distraire en l’angoisse mortelle,
De ce mot de cancer et sa veine cruelle,
En la moindre parcelle où l’âme en déshérence
Défaille sous l’assaut de la désespérance.

Pour tracer un sourire à ta lèvre, imprévu,
Arc en ciel pour brider le chagrin que j’ai vu,
Je t’avais abordé et, d’une pirouette
Lors, tu m’avais menti pour cacher ta défaite.

Mais très vite pourtant cette bonde a cédé,
Incapable soudain, en ton cœur excédé
De celer ta misère et ton deuil et ton doute,
Et la mort en chemin qui cherchait ta déroute.

J’ai cru, je crois encore aux puissances du verbe.
En cet instant pourtant je n’avais plus de gerbe
Pas un mot, pas un frein pour endiguer ta peine :
Il est de ces moments où la parole est vaine.

Et pourtant je ne peux me résoudre à me taire,
Je ne peux te laisser en ce seuil, solitaire :
Voici ces quelques vers épousant ton fardeau,
Qu’ils abreuvent pour toi la source et le ruisseau.

avril 2010

Publié dans La camarde

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