Au voyageur dénué

Publié le par Lionel Droitecour

Comète McNaught par ESO/Sebastian Deiries (http://www.labizeauxetoiles.fr)

Comète McNaught par ESO/Sebastian Deiries (http://www.labizeauxetoiles.fr)

À mon retour des galaxies,
Après avoir tant voyagé,
Le cœur encor tout constellé
Des cheveux d’anges des comètes ;

Je me suis d’abord reposé,
Un siècle ou deux, sur les nuées,
Laissant flotter, au gré des âmes,
Les relents vagues de mes rêves.

Caracolant de crête en crête
J’ai longtemps cherché à m’ancrer.
Mais comment suis entré sur terre
Pour me perdre dans cette chair ?

Depuis, je suis comme en prison.
Au ciel, qui veille et qui m’attend,
Je verse en vain de longs regards,
Aux murs, gravant quelques chansons.

Stupide ! On ne m’y prendra plus !
Nostalgie n’est qu’une illusion,
Les caresses et les frissons
Ne valent pas ce lent exil !

Quand carguerai-je enfin la voile,
Laissant l’amarre à l’horizon,
Pour reprendre mon balluchon
Vers les degrés de l’univers ?

Las de ce drame impitoyable,
Laissant loin l’abîme des gestes,
J’emporterai le noir dégoût,
Comme un regret, un songe inepte.

Et dans ce flux, ce mouvement
Où la matière est une obole
Sans remord, je fuirai le temps,
Et ses mortelles paraboles.

février 2011

Publié dans Le temps

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I
"Mais comment suis entré sur terre
Pour me perdre dans cette chair ?"
C'est ce que doit se dire le carbone dans sa gangue, écrasé, étouffant sous la pression terrifiante d'un environnement brûlant et hostile... Mais au bout du chemin, ces souffrances et cette lourdeur ont fait d'un petit bout de carbone bien terne... un diamant étincelant ! :-)
Très beau poème, merci !
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