À contremort

Publié le par Lionel Droitecour

Le Caravage, (1571-1610) Saint Jérôme écrivant, 1606

Le Caravage, (1571-1610) Saint Jérôme écrivant, 1606

J’écris pas pour le temps qu’il fait,
J’écris pas pour le temps qu’il est :
Dans le silence de ma nuit
Mots sont ma corolle d’ennui.

Je bâti mon chant, corpuscule
Pour éloigner le crépuscule,
Clé de voûte est mon hébétude,
Aux moellons de ma solitude.

À murmurer dans le silence
Vague, je tiens mal à distance,
Aux pages que je remplis d’encre,
Insane, ma détresse s’ancre.

Afin que mon doute régresse
Là je fait taire ma détresse,
Avec des vers et par la rime
À contremort, vain, je m’escrime.

Noir, mon soir est comme un miroir
Or mon verbe en fait promenoir,
Promontoire, où lampe tempête
J’agite en vain telle girouette.

Oyez, oyez, gens sans oreille,
Sans bouches, sans yeux, qu’ensommeille
L’idée vendue comme une offrande
Bonimentée de propagande.

Dans ce fracas d’un monde en guerre
Grégaire, il hurle, le vulgaire,
Chant corrompu des tiroirs caisse
Où possession nous tient en laisse.

Il faut tenter sa vérité,
S’y perdre pour l’éternité :
J’écris pas pour le temps qu’il fait,
J’écris pas pour le temps qu’il est.

novembre 2010

Publié dans Art poétique

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