Prostré devant l’aurore

Publié le par Lionel Droitecour

Lorenzo Lippi  (1606-1685), allégorie de la simulation

Lorenzo Lippi (1606-1685), allégorie de la simulation

Peu ou prou, chaque jour, dans le discours de soi
On trouve en cette espèce, ainsi, la psalmodie
Où existe ce vain fantôme de paraitre.

Tout entier dans ce dit, plutôt que tenter d’être,
Sans grâce nous faisons notre palinodie,
Comédien d’avanies qui se montre du doigt.

Désignant à nous-mêmes ainsi ce vain miroir,
On prend la pose, altier dans sa rodomontade,
Le verbe haut, toujours, mais le vide à la bouche.

Ce taiseux emmuré niant ce qui le touche
Est un autre versant de nocturne incartade,
En nous, double caché qu’on refuse de voir.

Il se montre pourtant au détour d’une gêne,
Qui trahit sans vergogne ce peu d’assurance,
Et l’on perd pied soudain quand il faudrait agir.

Car il est à l’affut, notre propre désir,
Celui qu’on tient en laisse au murmure d’enfance,
En cette âme première où geint notre géhenne.

On ne cesse en effet de conter cette offense,
Ce manque fondateur inscrit en la mémoire,
Matrice de nos propres, pâles illusions.

On existe en ce lieu comme les alluvions,
Aux rives échancrées d’une modeste moire,
À chercher sans arrêt sa ligne de défense.

Pourquoi moi, et que suis-je ? Elle affleure à la lèvre,
Intime, la question qui sans fin se dévide
Au souffle de nos vies en l’écheveau latent.

Ce n’est que la brisure interne de ce temps,
Dans la tourbe ou s’écrit notre remord avide,
Dans ce peu de chaleur, en nous, qu’on nomme fièvre.

Cet espace de soi qui claque dans l’horloge,
Acide intempérance exacte en ses acomptes,
Se love, mensonger au corps qui se dément.

Et l’on poursuit amer ce songe où l’on se ment,
Il n’est en vérité, pas de livre de comptes,
Rien qu’un chagrin, en creux, où la ride se loge.

Ainsi le fanfaron dans sa course pérore,
Chaque mot prononcé au vase de l’oubli
Vivant enseveli dans cette perspective.

Mais la conscience nue toujours nous invective,
Jamais dupée, au fond, qui froisse en nous ce pli
Qu’on prend pour demeurer prostré devant l’aurore.

juillet 2013

Publié dans Résilience

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