Promenoirs

Publié le par Lionel Droitecour

Alors, en l’aube ensanglantée, / Trame diaphane aux firmaments...

Alors, en l’aube ensanglantée, / Trame diaphane aux firmaments...

1.
Comme ils sont du côté de l’ombre
Les poètes, ces musiciens,
N’aiment rien mieux que la pénombre
Enluminée des jours anciens.

Ils repeuplent la nostalgie
De leur pâle mélancolie
Où l’harmonie de leur mal git
Au rebours des élans qu’on lit.

Ainsi mauves sont leurs paroles,
Aux lisières de la ténèbre
Où leurs gerbes font des corolles.

Mais leur mélopée n’est funèbre :
Oyez, ce sont des herbes folles
Que le vent, en riant célèbre.

2.
Dans le soir ils sont promenoirs
Aux âmes seules, dévêtues,
Qui se cachent dans leurs miroirs :
Leurs marées sont vagues têtues.

Et dans la mer ensemencée
S'en va, aux lames surannées,
Une rime recommencée
Aux lèvres closes, rubannées.

Ainsi, dans l’orbe des musiques,
Echos se fondent, font panaches
Aux nuées qui portent suppliques.

Leurs chagrins y sont, comme tâches,
Traces des jours fantasmatiques
Epandus, libres, sans attaches.

3.
Ils sont en l’ancien souvenir
Pâles lueurs aux matins blêmes,
Nuances à nous parvenir,
Moires aux stances des phonèmes.

Ces mots, de nos cœurs en lambeaux
Habilleront les oripeaux,
Hâbleurs, comme sont les ribauds,
De haillons parant leurs drapeaux.

Vers l'horizon, alors, un songe
Appareille tel un navire
Aux lisières du mensonge.

Et là notre âme enfin chavire,
Sel d’une larme qui nous ronge,
Mais ravine sans assouvir.

4
C’est le seuil de notre labour,
La terre s’y love et travaille,
Promesse, dans le point du jour,
Semailles en l’intime maille.

Y sombre dans la sombre humeur
Aux profonds gourds de nos entrailles
L’ombre d’une vieille rancœur,
En nourriture à nos trouvailles.

Alors, en l’aube ensanglantée,
Trame diaphane aux firmaments,
Une présence, informe, hantée,

S’invite en nos vagues tourments,
Colorée d’or, désenchantée,
Poèmes en nos truchements.

mars 2011

Publié dans Art poétique

Commenter cet article