Les ailes du temps

Publié le par Lionel Droitecour

Les ailes du temps

Il s’en vint m’habiter, l’esprit de la musique.
Les notes, les portées, l’armature, les clés :
Ce sont choses cryptées, mystère à mon cœur lourd.

Je me souviens avoir aimé la symphonie
Sans y comprendre rien, ému par cette chose
Immense, déployée comme le ciel d’été.

Puis l’histoire des vies de ces hommes illustres,
Beethoven  le premier  le front couvert d’orage
Levant le poing, dit-on, au moment de mourir…

Enfin cette figure où je regarde un père,
Ce vieux Bach à l’œil rouge, à la panse replète,
Ce maître qui devise avec le créateur.

J’aimerai pouvoir dire ici ce que j’entends
Dans sa fugue sublime, et rendre un peu d’amour
À cet homme meurtri par l’étroite Leipzig.

Mais le verbe est impropre à faire une musique.
Peut-être un peu de rythme, échos allitérants,
Quand sa forme est ailleurs, en subtiles déchants.

Il ne me reste alors qu’à pleurer sous la lune,
Comme ces chats miaulant qu’amusent Rossini,
Sanglots de pacotille en arpégeant duo.

Il me faut renoncer aux lois de l’agogique,
Habillant mon tempo de défroques sonores,
En rêvant sous le ciel d’un chœur mélancolique.

La rime, qui contient ce peu que je sais faire,
M’ouvre parfois la porte à ce vibrant concert,
Et j’y vient tout penaud, assis loin des lumières.

Mon âme s’y déprend de la chose vulgaire,
Et dans cette harmonie, parfois, je vous entends,
Ombres qui nous portez sur les ailes du temps.

mai 2010

Giovacchino Rossini  (1792-1868),
"Duetto buffo di due gatti"
Gaelle Alonso, mezzo, et  Tom Mébarki, contre-ténor

Publié dans Musique

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