En gerbes de silence

Publié le par Lionel Droitecour

L'aspergillus

L'aspergillus

Chaque matin venu, à l’heure où je m’esseule
À contempler le jour, poète maugréant
Sa glose, bien souvent, ouverte ma croisée
Laisse passer le jour aux rumeurs du dehors.

C’est l’heure calme où le soleil hésite encor
À poindre en cette orée, sur la cime boisée,
Sur l’onde et sur l’aurore, et sur mon cœur, céans,
Qui va se défaisant de sa paresse veule.

La nue bouge, sanglante, à mon âme écarlate,
Une lumière pointe en l’aube de l’idée,
Et je passe, vaguant sur la virtuelle page,
Où je tresse mon verbe à la rime inversée.

J’ai tant de fois, déjà, en l’humble traversée,
Ma sébile tendue pour quémander l’hommage,
Et reçu, désirée, en ma conque évidée,
De la muse une larme au verseau qui me flatte.

Lors je couche en mes vers, cadences obstinées,
L’obsolète fragrance en andains de paroles,
Un peu comme jadis l’aïeul, à sa charrue,
Traçait d’amples sillons, prémices aux récoltes.

Ce sont rêves parfois, quelquefois mes révoltes,
Echos d’une musique à ma plume apparue
Comme sont jeux de mots en leurs courbes frivoles,
Ou peines entrevues, tant de fois ruminées.

Tout cela coule en moi en gerbes de silence,
Comme la fleur de sel au marais de la vie,
Comme la moisissure adjure le levain,
Comme chaque seconde appelle un souvenir.

Je laisse la rumeur au verbe parvenir,
J’implore la mémoire, ainsi, d’un geste vain,
Aux tables des festins où l’amour me convie,
Seul et pourtant au monde, et multiple en l’absence.

J’ai part ici aux joies de l’incommensurable,
Latent, mais passager de ce modeste esquif,
J’en sais tout l’éphémère, aussi le grandiose,
Où s’avance, pervers, le doute délétère.

Je ne suis qu’un accord dans le chant de la terre,
En cette symphonie que le présent compose,
Matière en l’infini d’un éther convulsif,
Particule en un flux dont je suis le comptable.

Etre est en cet instant où sommes funambule,
Vivre c’est accepter que tout se désassemble,
La personne est un lieu tenté par le réel,
Rien qu’une stase enfin, dans un continuum.

Et l’aurore éthérée, sur le destin de l’homme,
Rappelle chaque jour où songe le virtuel,
Dans la brume rougie qui, soudain, nous ressemble
Que tout se recompose et chante, et déambule.

août 2013

Publié dans Art poétique

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