Au verseau de ma rime

Publié le par Lionel Droitecour

L'auteur, à quelques cinquante années de distance...

L'auteur, à quelques cinquante années de distance...

J’ai connu cet enfant qui gardait le silence,
Presque toujours inquiet et coupable de vivre,
Que la mort, au matin, le frôlant de son aile,
Avait rendu muet du nom qu’il fallait taire.

Dès avant la parole il fut ce solitaire
Amputé d’une vie, aussi, d’une âme frêle,
Amoindri, en écho, prisonnier d’un vain livre,
Il se fit le gardien du songe de l’absence.

Il balançait son corps au mitan de la nuit,
Mouillait son lit, pauvret, effrayé de son crime,
L’aube sur lui pointant son doigt accusateur.

De cette ombre je suis, céans, le curateur,
Et je le berce encore, au verseau de ma rime,
Pareil à l’enfançon au cœur noyé d’ennui.

janvier 2013

Publié dans Autobiographie

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L
Que répondre, mon cher Claude ?
Il y aurait tant à dire... Je me réserve pour de prochains poèmes, c'est là mon lieu d'expression.
Merci encore pour cette lecture attentive...
En toute amitié,
LD
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I
Émouvant poème, sur les blessures profondes et souvent incurables de l'enfance...
Incurables car elles n'ont pas été soignées à la source, ceux qui avaient charge de notre "éducation" n'avaient pas eux-mêmes les connaissances et la maturité pour aider l'enfant à comprendre et surmonter ses émotions.
Bien au contraire, nos "éducateurs", eux-mêmes sous l'emprise de leur "enfant intérieur", ajoutaient la plupart du temps leurs propres émotions exacerbées et souvent désaxées aux nôtres, nous faisant croire que la normalité était là et que ces émotions étaient inévitables, nécessaires voire vitales !
Alors ne sachant que faire de ces souffrances, ne trouvant ni sagesse ni aide véritable, nous les refoulions dans notre inconscient ou au contraire en faisions une part essentielle de notre personnalité, selon la proportion en nous d'habileté, de désir de plaire, de révolte devant l'injustice ou tant d'autres sentiments encore, qui peuvent habiter un jeune être qui souffre et veut mettre fin à cette souffrance.
Et nous pouvons passer notre vie avec cet "enfant intérieur" qui vient de temps à autre - ou souvent - se rappeler à nous, sans le comprendre ni le reconnaitre... sauf dans les moments privilégiés où de beaux et poignants poèmes viennent l'éclairer de leur lumière certes nimbée de tristesse, mais en même temps douce et apaisante, car si proche de nous...
Merci de tout cœur pour ces moments-là !
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