Si, la, do, si bémol

Publié le par Lionel Droitecour

Si, la, do, si bémol

Il y eut à Leipzig un fertile ruisseau,
Débonnaire géant à la panse replète,
Un ogre musicien aussi puissant qu’un chêne
Profondément ancré, aux ramures célestes.

Il couvrit de sa main où la plume était leste
En souples broderies, sensuelles et sereines
La portée rectiligne où s’épanchait, secrète,
Sa passion du chiffre et de l’art et du beau.

Il regardait sans crainte un abîme au néant,
Et la voûte stellaire où son regard s’usait,
Franchissant l’infini insondable des sphères.

Paisible, il s’étanchait en de calmes lisières
Aux banquets d’harmonie où son génie puisait,
Ineffable ruisseau dont s’emplit l’océan.

novembre 2005

Johann Sebastian Bach (1685-1750)
Variations Goldberg : Aria et Variation n°1,
Transcription pour un "Consort of  viols"
Ensemble Fretwork, direction Richard Boothby

Nota : dans les pays anglo-saxons, l’usage est de désigner les notes musiques au moyen des lettres de l’alphabet, et non d’après l’hymne à Saint Jean, selon une tradition qui remonterait à Guido D’Arezzo (992-1050) :

Ut queant laxis
Resonare fibris
Mira gestorum
Famuli tuorum
Solve polluti
Labii reatum
Sancte Iohannes

Ainsi les quatre lettres du nom de famille des BACH deviennent-ils une figuration mélodique de 4 notes, Si, La, Do, Si bémol. Motif que l’on entend dans l’ultime contrepoint de l’art de la fugue, inachevé par son auteur, œuvre qui demeure ainsi suspendue aux portes de l’infini, semble-t-il, au moment même où le compositeur signe l’un de ses plus immortels chefs-d’œuvre.

Une mention manuscrite de la main de Karl-Phillip-Emanuel Bach renforce cette interprétation quelque peu mélodramatique : « Sur cette fugue où le nom de BACH est utilisé en contre-sujet, est mort l'auteur ».

Mais l'inachèvement, bien qu'apparent, n'est pas certain. La date de composition est très certainement aux alentours de 1740-1742, d'après une analyse graphologique et des filigranes sur le papier. Bach a donc très certainement terminé l'Art de la fugue bien avant sa mort. La note écrite par Karl-Phillip-Emanuel Bach, disant que son père était mort en écrivant la fugue inachevée, suscite également le doute. Une théorie récente disant que Bach aurait abandonné, ou du moins interrompu, son écriture plusieurs mois avant sa mort a également vu le jour, ce qui rajoute encore du mystère quant aux raisons de son interruption.

Une autre théorie avance que le contrepoint XIX est en réalité achevé, mais que le manuscrit complet a été perdu. Cette théorie se fonde sur le fait que l'on retrouve des différences importantes entre le premier manuscrit de Bach (terminé vers 1742) et l'édition publiée en 1751. Par exemple, la première version imprimée contient des fugues ajoutées après 1742 (Contrapuncti IV et XIV) desquelles il n'existe pas de trace dans les manuscrits originaux. Bach aurait-il préparé un manuscrit définitif avant de publier l'Art de la fugue à la fin des années 1740 ? (source : Wikipedia)

Frantz Liszt, Fantaisie et Fugue sur le thème B-A-C-H (S 529) par Ilya Kondratiev

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