Les mandarins

Publié le par Lionel Droitecour

Les mandarins

(Clinique du Docteur Robert-Macaire. par Honoré Daumier (1808-1879).
- Hé bien ! Messieurs, vous l'avez vu, cette opération
qu'on disait impossible a parfaitement réussi...
- Mais, Monsieur, la malade est morte...
- Qu'importe! Elle serait bien plus morte sans l'opération.).

Ils étaient assemblés comme un docte cénacle
Savants Diafoirus et donneurs de clystères,
Péremptoires Purgon jargonnant et maussades
Qui regardaient ailleurs en se parlant de moi.

Je n'étais plus qu'un corps affalé sous leurs doigts
Et, comme picadors éblouissant l'alcade,
Ils songeaient au scalpel en auscultant ma chair
Malade de leur glose et livrée en spectacle.

Allongé en souffrance en objet de leur soin,
Comme une mécanique ils nouaient mes viscères
Et ces brigands masqués derrière une technique,

Ivre du savoir faire éprouvé des pratiques,
Ignoraient ma pauvre âme éperdue, solitaire,
En cette pièce froide où je serrais les poings.

mai 2008

Publié dans Portrait

Commenter cet article

I
Tellement vrai, ce poème, j'ai vécu aussi ce genre d'instant où l'on est juste une mécanique, un paquet de chair impersonnel sous les regards froids et les commentaires savants d'un mandarin accompagné de ses sbires obséquieux... On a l'impression d'être déjà mort "si j'étais vivant ces braves gens s'adresseraient bien à moi..?"
Mais ils devisent entre eux en un jargon abscons et incompréhensible... je n'existe plus en tant qu'être, ne suis qu'un "cas" parmi tant d'autres...
Comment ne pas penser aux belles phrases de Coluche :
- Le médecin a dit à mon grand-père : « Vous n’êtes pas malade. L’autopsie prouvera que j’avais raison.»
Ou encore :
- Mon grand-père a dit au docteur : « Je souffre, docteur. J'aimerais mieux mourir que d'être opéré. » Le médecin lui a répondu : « L'un n'empêche pas l'autre. »
Allez, pour conclure sur une note positive : ils ne sont pas tous comme ça ! :-)
Répondre