Le serment des chats

Publié le par Lionel Droitecour

Hyacinthe Rigaud, (1659-1743), Portrait de Jean de la Fontaine

Hyacinthe Rigaud, (1659-1743), Portrait de Jean de la Fontaine

Une fable à la manière de maître Jean, modeste hommage à son éternel génie

J’ai ouï dire, de certain rat,
Qu’en l’éternelle guerre
D’avec les chats,
Armistice naguère
Vint clore le combat.

Ce fut liesse ma chère
Chez gente souricière.

L’une fit des manières
Et réclama l’édit :
Céans, procédurière
Etait, à ce qu’on dit.

On moquait la grégaire,
Méfiante, et c’est ainsi
Que les autres vaquèrent,
Délivrées de soucis.

Adieu morne disette,
Plus besoin de cachettes !
Nulles griffes à craindre :
On pouvait tout enfreindre…

Peuple trotte menu
Prépare son menu
Au festin des agapes,
Au banquet des satrapes !

On se promet, ventrues,
Au grenier parvenues,
De régner en plein jour
Au grignotant séjour.

Mais, lissant ses sourcils
Des savants codicilles,
Magistrate velue,
Tous ses articles lus,
La souris judiciaire
Leur fit ce commentaire :

« Nulle part je ne vois,
En ce texte de loi
Qu’on donne aux souricettes
Crédit de ces requêtes !

Rates ne sommes donc, consœurs,
Prenons garde au félin,
Prenons garde au chasseur,
Grippeminauds malins,

Greffiers et mistigris :
Patte-pelu ce malappris
Reste à jamais notre ennemi
Folle qui croit s’en faire ami ! »

On rit au nez de la commère,
( On fleurait trop la bonne chère ),
Huée, retourna fort marrie
En sa retraite, en son abri.

Or, le congrès des chats
Débattait, ce soir là,
En mansarde ici bas,

En la resserre aux grains,
Où le peuple rongeur
En un bel apparat
Parut, plein de vivats.

Le cortège frémit
À voir ce comité
Plein de solennité
Doctement réuni.

Secrétaire des chats,
Parmi les plus matois
Demanda ce pourquoi
On faisait tant de bruit.

Souris grise, des plus hardies
Se réclamant d’un bel écrit
Parla de paix, le cœur épris.

Maître matou, galant,
Goûta fort poliment
Ce discours excellent,

Se léchant les babines
- Ce dont plus d’une mélusine,
Un frisson parcourant l’échine,
Conçu un funeste présage.

Un vieux chat de gouttière
Rusé plutôt que sage,
Après cette entrée en matière,

Tel un Ponce Pilate
Demanda à la diplomate :
« De quelle race rate
Etes vous je vous prie ? »

Ceci fut signe du carnage.
Une seule l’avait compris,
Qui réchappa à cette rage
Et narre à présent ce récit.

Les crocs qui règnent ici-bas,
De beaux serments et belles lois,
Pour nos malheurs, se font un droit.

juillet 2011

Publié dans Fable

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