Ganelon

Publié le par Lionel Droitecour

Ganelon

1.
L’enfance est bien, en nous, ce paradis perdu,
Ce temps de la splendeur d’un corps en plein élan,
D’une âme à retentir en l’appel des aurores
Et cet éclat, toujours, au matin triomphant.

Prince à jamais déchu, sonnant son oliphant,
Nous devenons bientôt, submergé par les mores,
Durandal en nos mains sur le roc se fêlant,
Ce pâle agonisant face au ciel, éperdu.

Nul besoin, cependant, du traître Ganelon,
Seul nous avons failli, nos rêves se brisant
Face au réel pluvieux, ses mares et ses moires.

Éden enfoui pourtant au fond de nos mémoires,
La frêle silhouette, intacte au fil des ans,
Demeure en nos rumeurs, sempiternel filon.

2.
Et, fidèle à celui où furent nos prémices,
Parfois le cœur penché, le sillon nous creusant,
Essayant d’exister au-delà des béances
On avance, concret, dans la marche du sens.

Mais saurons nous jamais ce que fut notre essence,
Cette espèce en nos reins qui fait nos échéances,
Et sous les astres nus dans les éthers fusant
Cette étrange matière offerte aux sacrifices ?

Et tout cela qui s’ouvre en la tendre lisière,
Au berceau d’un enfant, jachères d’espérance,
Goutte d’éternité dans l’océan de l’âge.

C’est l’univers entier qui se donne en partage
Et tente en nous de rompre, au parvis d’impuissance,
Cette malédiction qu’est notre fondrière.

juin 2011

Publié dans Spiritualité

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