Fidelio

Publié le par Lionel Droitecour

Fidélio est le nom de l'unique opéra composé par Beethoven. C'était aussi l'enseigne du disquaire, profession, j'en ai peur aujourd'hui disparue, où j'ai naguère dépensé beaucoup de mon maigre argent de poche...

Fidélio est le nom de l'unique opéra composé par Beethoven. C'était aussi l'enseigne du disquaire, profession, j'en ai peur aujourd'hui disparue, où j'ai naguère dépensé beaucoup de mon maigre argent de poche...

La radio discourrait, comme parle un ami
Et Merlet, ampoulé, décalé, solennel,
De Bach, de la cantate et du hautbois d’amour
Irriguait, le dimanche, en mon âme, une attente.

Mes condisciples lors, de musique violente,
De rock et de guitare abouchaient leur discours,
Quand je fuyais, timide, au fond de la venelle
D’un modeste disquaire engranger les semis.

Il déballait pour moi, précautionneusement,
Comme on fait d’un mystère un vinyle arrondi,
Me promettant des joies qui vibraient entre nous :
Tendus, nous écoutions, partageant une épure.

Disputant longuement la coupe et la mesure,
C’est ainsi, peu à peu, que j'ai forgé mon goût,
Dans la boutique obscure où mon cœur à bondi
Aux baroques accents des anciens instruments.

Son enseigne portait le nom de Fidelio,
Émaux et porcelaine entouraient sa pratique,
Nous étions un cénacle, esthètes de province,
Goûtant de l’harmonie comme d’autres le vin.

Combien de fois, ému, en mon antre revint
Abondant mon trésor d’étuis de carton mince
Où bruissait la rumeur de toutes mes musiques ?
De ces chastes bonheurs au son d'un adagio

Il me reste, tracé sur mon doute, un chemin,
Une espérance grave où mon cœur s’aguerrit,
En la contemplation des sereins paysages
Esquissés dans l’azur par des maîtres anciens.

Et la fréquentation de tous ces musiciens,
Idéale famille essaimée d’âge en âge,
Consolante fratrie, tant de fois m’a guérit,
Que je me sens parfois pareil au parchemin

Et ma ligne, portée, multipliant les signes
Où danse en l’infini ce qui de nous demeure.
Dans ma fuite un beau jour, passager du néant,
Je serais le murmure d’une feuille d’automne

Emportée par le vent. Là, dans ce chœur, résonne
En l’éther nonchalant, voluptueusement,
L’harmonique secrète en la voix qui se meurt
Dans la plainte du chant et sa douleur insigne.

février 2008

Ludwig van Beethoven, Romance n° 2 en fa majeur pour violon et orchestre, opus 50

Publié dans Musique

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I
"Il me reste, tracé sur mon doute, un chemin
.......
Dans la plainte du chant et sa douleur insigne."
Que rajouter à ça et à la sublime Romance qui l’accompagne ?
Ces lignes éveillent en moi une forme de nostalgie intense et presque douloureuse de mondes d’harmonie et de Lumière, elles mettent l’accent sur notre destin tragique d’êtres incarnés, prisonniers de la chair et de la matière alors même que notre âme se languit de liberté et d’élévation.
Mais paradoxalement, au delà de l’émotion et de la nostalgie, ces textes (et la musique qui les accompagne) ramènent aussi à une beauté infinie, à la clarté qui brille derrière la morne apparence, ils mènent à la certitude absolue que des Royaumes éthérés existent et nous accueilleront un jour, certes pas sous notre forme passagère qui n’est qu’un songe…
La Rédemption au bout du chemin… que des mots puissent l’évoquer est finalement le vrai miracle de la poésie.
Merci de la partager avec nous !
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