Au vélin jaunissant

Publié le par Lionel Droitecour

Giuseppe Arcimboldo (vers 1527-1593), le bibliothécaire,1562

Giuseppe Arcimboldo (vers 1527-1593), le bibliothécaire,1562

Je me dis : celui-ci est tout pareil à moi !
Pensa-t-il, ce bonhomme, aussi, la même chose ?
Barbu de même sorte, un même crâne chauve,
Je l’ai croisé, hier, sur une pétrolette.

Je me trotte à vélo, c’est différence nette,
Mais ce n’est qu’un détail, il n’est là rien qui sauve,
Et la vie quelques fois, à nos regards propose
Le ridicule en nous qui s’échappe de soi.

Eh, poète ventru, vieux barbon de la muse,
Dodelinant ta grâce en l’antique biclou,
Poursuis-tu Terpsichore en semblable équipage,
Quelque autre de ses sœurs, filles de Mnémosyne ?

De ta bouche édentée, quelle aimable comptine,
Encense-tu, vieillard, en quel aréopage,
De ta lyre éraillée qui ne vaut pas un clou,
La rumeur obsolète en l’élégie percluse ?

Il est, en ces instants, telles natures mortes,
Comme tableaux de genre en gravures anciennes,
Sur la trame fanée d’un vélin jaunissant,
La représentation de notre dérision.

Il me reste d’en rire en parfait histrion,
En la rive nocturne, au soir compatissant,
Polissant mon verbiage en mes creuses antiennes :
Si ce n’est qu’illusion, pour tout dire, qu’importe ?

août 2012

 

Publié dans Art poétique

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