Marine

Publié le par Lionel Droitecour

... Désormais je m'endors en des chambres salines et vogue ma dérive en des cieux éclatants ...

... Désormais je m'endors en des chambres salines et vogue ma dérive en des cieux éclatants ...

J'avais une maison ouverte à tous les vents,
Une vaste demeure au bord des océans
Peuplée d'oiseaux criards, aussi d'algues marines.
Une vague a suffi, une vague mourante,

Riante, emporta ma frêle architecture...
Désormais je m'endors en des chambres salines
Et vogue ma dérive en des ciels éclatants.
J'ai frémi sous l'or clair des aubes effarantes ;

Dans ma course, croisé, mollement éperdus,
Mille palais d'écume, amers et déversés
Dans l'embrun fol et doux qui berce leur murmure...

Dés lors qu'ils déploraient leurs splendeurs effondrées,
J'aimais jusqu'à l'extase, anéanti, perdu,
L'exquise dilution où mon âme perdure.

mars 1991

 

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I
Magnifique poème, pourrais-tu donner quelques précisions sur son sens profond ?
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I
Merci pour ces explications.
Finalement ce sont souvent les songes poétiques qui nous incitent à redécouvrir (et remettre en question) le monde que nous croyons figé, c'est ce qui fait leur grande force !
Eckart Tolle a écrit que nous nous identifions au contenu, aux circonstances de nos vies, alors qu'en fait nous sommes l'espace dans lequel tout cela se produit, la vie elle-même qui expérimente en se condensant sous une forme limitée et passagère... Ça rejoint le message de ton beau poème !
L
Cette maison, ouverte à tous les vents, château de sable aux abords de l’infini, c’est bien sûr, la métaphore de ce que nous sommes, destinées éphémères.
Et c’est en cet infini que nous glissons au terme de nos jours. Je me suis souvent demandé où donc peu bien résider notre âme, dans cet amas de viscères qui la contient, qui la supporte et qui la suscite.
Ce que nous disent aujourd’hui les physiciens quand à la nature d’un univers multiple, déployé dans un nombre considérable de dimensions invisible à nos yeux pour sa plus grande part, a de quoi nourrir la rêverie du poète à cet égard. Hologramme au rebord d’un trou noir, ubiquité quantique de la matière, particule, vibration, ou bien encore double nature tout à la fois alternative et simultanée ? Que puis-je comprendre de ces jumeaux qui ne vieillissent pas de la même façon selon qu’ils se déplacent ou non ; de ce chat mort et vivant en même temps, pour autant que je me retienne d’ouvrir la boite de pandore où il ronronne peut-être. Tout cela m’échappe, en vérité.
Mais j’ai toujours été frappé par le fait que plus on descend dans l’intimité de la matière et plus il faut mettre en œuvre des énergies gigantesques pour briser les plus infimes briques de la matière, donc de nous même, n’est ce pas, puisque nous sommes poussières d’étoiles.
Et si au bout du compte une subtile fragrance de ce que nous fûmes demeurait inscrite, comme un code génétique au sein de cette énergie, de cette matière qui ne cesse de se déployer dans ce continuum ardent ?
Il ne s’agit pas là de religion, de métaphysique ou de science, encore moins d’une espérance.
Juste un songe poétique, rien qu’un peu d’embruns sur les brisants...