Les échecs

Publié le par Lionel Droitecour

... « Echec au roi, pensais-je, et mat au prochain coup… » ...

... « Echec au roi, pensais-je, et mat au prochain coup… » ...

1.
« Eh, dis donc camarade, on pousse un peu de bois ? »
Tu m’apprenais alors de la reine et du roi
Des fous, des cavaliers, les subtiles arcanes ;
Quand, lassés des soirées où le parler cancane,

Nous nous taisions longtemps dans l’art combinatoire,
Les noirs défiant les blancs dans notre tour d’ivoire.
Et notre temps courait sur nos traits immobiles
Sans bruit contre le buis, rien moins que versatiles.

Après la belle, encor, nous causions de Richter
De Bach et puis du jazz ; glorifiant Art Tatum
Et, sur le piano droit, quand l’humeur t’en prenait

Tu jouais Albéniz ou bien Charles Trenet.
Je t’admirais alors, j’étais ton factotum
Notre amitié coulait, sans l'ombre d'un mystère.

2.
Elise vint un jour accrochée à ton bras.
Je ne fus point jaloux, lors et nous étions trois ;
Elise parlait peu et nous regardait vivre :
Quand nous cherchions le pat elle trouvait un livre.

Je l’ai vue triste un jour car tu tentais l’esquive
Aux projets d’avenirs épandus sur sa rive ;
À son désir d’enfant et de sécurité
Auxquels tu répondais par un mot : liberté.

Je t’ai morigéné, l’échiquier entre nous :
« Que crois-tu, qu’attends-tu ; pourquoi faire souffrir ? »
Elise m’embrassa un jour, disant «  Merci

Sans toi eut-il osé décider de nos vies ? »
Je vis que je l’aimais, qu’il me fallait partir,
« Echec au roi, pensais-je, et mat au prochain coup… »

mars 2008

Publié dans Amitié

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