Le tétracorde

Publié le par Lionel Droitecour

Céramique athénienne, 6eme siècle avant J.C.

Céramique athénienne, 6eme siècle avant J.C.

1.
Gravite, graviton, au seuil de la matière
Particule, peut-être, enfantée, dans l’espace,
Des boucles d’énergies qui règlent l’univers
Aux notes que jouerait un vaste orchestre à cordes.

La musique des sphères est objet de discordes
Et de savants docteurs en disputent, sévères,
Qui, dans leurs équations, cherchent l’ultime trace
Où s’inscriront leurs pas aux sentes de lumière.

Que t’importe poète ce vaste débat ?
Tu n’es spéculateur auscultant le possible
Seul un rêve peut naître en ton pâle cerveau…

Membranes, dimensions, voici un champ nouveau
Où déployer ta rime, une nouvelle cible
Aux flèches d’un amour que l’hyménée combat.

2.
Ainsi, vibrionnant, matière en plein essor,
Nos âmes, nos relents, nos sueurs et nos humeurs
Tout pourrait se réduire, aux chants des particules
En un vaste ballet qu’ordonne un filament ?

Ah, la belle aventure inscrite au firmament !
Et je serais musique, écrite aux crépuscules,
Par un hasard puisant, comme compositeurs,
Au trémolo d'un chœur où fondre mon effort ?

Il me plait de penser à ces nobles concerts,
Comme une Messe en Si où j’ai porté ma voix,
Ou sombre Requiem d’un Amédée mourant ;

Offrant le cœur sanglant d’un génie expirant
Aux strates infinies que nos songes déploient,
Pluridimensionnelles branes d’univers.

3.
Oh, l’étrange chaos du quantique hasard,
Espace en désarroi où git l’incoercible,
Forces, dans la matière intimement mêlées
Pour accoucher d’un monde où nos yeux sont ouverts.

Des cieux entrelacés dont nos fronts sont couverts
Il émane une science aux franges constellées,
Complexe imagerie à peine perceptible,
Que l’esprit seul conçoit, borné par le regard.

Et je suis ce lieu même enivré de ce bal !
Virtuel tournoiement venu, du point du jour,
Pour vaincre l’immobile stance impersonnelle !

Ecoute l’harmonie, nucléaire étincelle,
Etrave universelle en l’éternel séjour
Où passe, ombres, des cœurs, l’infinitésimal !

4.
Frisson, je suis l’insane autant que le glorieux,
Et, dans l’espèce nue interrogeant le ciel,
L’intrigue majuscule d’un livre inachevé
Dont un chapitre, encore, invente son procès.

Archange je serais, à mon rêve adossé,
Murmurant du réel l’énigme à mon chevet,
Obscur, mes pas traçant l'orbe sacrificiel
Pour délivrer ma chair du joug cérémonieux.

Puisse en cet océan, rives où je m’accorde
Vibrer sans fin le songe où s’inscrit ma défense,
Particulaire issue fugace dans le temps.

Alors en mon désert, quarte, degrés montants,
Je résonnerai de l’écho de mon enfance
Prêt à renaître, gamme, en double tétracorde.

Lionel, 20 mars 2011

Publié dans Spiritualité

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